Le boucher de la Décennie noire devenu « Seigneur d’Alger » : Said Chengriha, le véritable maître d’un pouvoir sanguinaire

Le boucher de la Décennie noire devenu « Seigneur d’Alger » : Said Chengriha, le véritable maître d’un pouvoir sanguinaire

Après avoir assassiné et emprisonné des milliers de ses opposants civils et militaires, le général Saïd Chengriha, âgé de 80 ans, demeure le dirigeant effectif d’un pays qui a toujours été sous la poigne de l’armée depuis son indépendance au début des années soixante. Le général Chengriha a atteint le rang le plus élevé en Algérie, celui de « Dieu de l’Algérie », un titre blasphématoire que les dirigeants du pays s’attribuent pour signifier qu’ils ont atteint le stade de la divinité en Algérie, s’arrogeant le contrôle total du destin du pays et de ses serviteurs, le général tuant qui il veut et laissant vivre qui il veut. Depuis six ans, l’Algérie n’a qu’un seul véritable chef et président, et ce n’est certainement pas le guignol Abdelmadjid Tebboune, élu lors d’un scrutin truqué et controversé. Le seul commandant de l’Algérie se nomme Said Chengriha. Ce dernier, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire et vice-ministre de la Défense, s’est imposé depuis son assassinat du général Ahmed Gaïd Salah, devenant le visage à découvert du régime. Il n’hésite pas, chaque soir lors des journaux télévisés, à donner des ordres, distribuer des réprimandes et proférer des menaces à travers des discours prononcés devant les soldats à l’occasion de telle inauguration, de telle cérémonie ou de telle commémoration. Jamais un homme, depuis l’époque de Houari Boumediène qui a gouverné le pays entre 1965 et 1978, n’avait accumulé autant de pouvoir et de force, bien que le général Saïd Chengriha ne possède ni légitimité révolutionnaire ni historique, et ne jouisse d’aucun charisme comparé à son lointain prédécesseur. En réalité, il incarne la transformation de l’armée algérienne, sortie chancelante de la guerre d’indépendance, en une institution puissante, sûre d’elle-même et d’une richesse indécente. Contrairement à Boumediène et aux présidents Chadli Bendjedid et Liamine Zeroual, également issus de l’armée, Said Chengriha a toujours préféré agir dans l’ombre derrière un pouvoir civil qui ne sert que de façade, à l’instar des dernières années du mandat de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika.
Si Said Chengriha ne possède pas le prestige de Boumediène, il se distingue par la sauvagerie qui caractérisait ses prédécesseurs, les généraux Khaled Nezzar, Mohamed Mediène dit « Toufik », Larbi Belkheir et Mohamed Lamari. Ces décideurs qui se sont illustrés durant la décennie 1990 et qui ont été propulsés sur le devant de la scène après la répression des manifestations d’octobre 1988 ont ensuite destitué Chadli Bendjedid, jugé trop laxiste à leurs yeux, avant d’annuler les élections législatives de janvier 1992 que le Front islamique du salut s’apprêtait à remporter. Ces mêmes décideurs allaient mener une sale guerre pour éliminer les groupes islamistes, une guerre marquée par des massacres auxquels a participé le général Chengriha, alors surnommé le boucher de la Décennie noire, qui a fait environ 200 000 morts. Aujourd’hui, après être devenu le « Dieu de l’Algérie », le général Chengriha a lancé sa contre-offensive contre les hauts gradés de l’armée et les services de renseignement. Des dizaines de généraux ont été arrêtés ou liquidés, et des milliers ont été mis à la retraite.
Ses adversaires n’ont pas vu venir le coup et ne souhaitaient d’ailleurs pas l’affrontement. Tous les appareils de sécurité ont été démantelés et répartis entre la présidence et l’état-major, ne laissant subsister que deux pôles de pouvoir : la présidence et l’armée. Pour consolider sa position et garantir son avenir, le général Chengriha s’est mis à acheter les loyautés à prix d’or, profitant de la hausse de la demande sur le gaz algérien, ce qui a précipité le déclenchement d’une guerre des généraux qui mènera inévitablement le pays vers une nouvelle décennie noire.

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