Kenya : la colère éclate contre l’impunité des crimes visant les femmes le gouvernement sous pression

Kenya : la colère éclate contre l’impunité des crimes visant les femmes le gouvernement sous pression

Le Kenya traverse une crise sociale d’une gravité croissante. À Nairobi, des milliers de manifestants ont défilé pour dénoncer la multiplication des féminicides et des disparitions d’enfants, accusant les autorités de ne pas prendre la mesure’un phénomène devenu, pour beaucoup, une véritable urgence nationale. Derrière les slogans et les rassemblements, c’est un profond sentiment d’abandon qui s’exprime au sein d’une population confrontée à une violence persistante contre les femmes.

Organisée par le mouvement End Femicide, en partenariat avec plusieurs organisations de défense des droits des femmes, des droits humains et de la protection de l’enfance, cette mobilisation figure parmi les plus importantes enregistrées ces derniers mois dans la capitale kényane. Pendant plusieurs heures, les principales artères du centre-ville ont été paralysées par une foule déterminée à dénoncer ce qu’elle considère comme l’inaction persistante des pouvoirs publics.

Vêtues de blanc en signe de deuil, les participantes portaient des roses rouges et entouraient des cercueils symboliques recouverts de pétales de fleurs. Un mémorial improvisé affichait les noms de nombreuses victimes, rappelant l’ampleur d’un phénomène qui alarme de plus en plus la société kényane. Les slogans brandis lors de la marche reflétaient la colère et le désespoir des manifestants : « Arrêtez de tuer les femmes », « Ça suffit » ou encore « Mettez fin au pédicide ».

La mobilisation a été largement déclenchée par le meurtre particulièrement brutal de la chanteuse de gospel Rachel Wandeto. Le 16 mai dernier, la jeune femme a été attaquée alors qu’elle rentrait chez elle à Nairobi. Aspergée d’essence puis brûlée vive par trois individus, elle a succombé à ses blessures deux jours plus tard après avoir subi des brûlures sur plus de 85 % de son corps.

Pour de nombreux militants, ce drame n’est pas un cas isolé mais l’illustration d’un climat de violence devenu systémique. Les associations dénoncent une succession de crimes souvent marqués par une grande brutalité, auxquels s’ajoutent des disparitions inquiétantes de femmes et d’enfants à travers le pays.

Face à cette situation, les organisations de défense des droits des femmes ont donné au gouvernement kényan un délai de quarante jours pour prendre des mesures concrètes. Elles réclament notamment la déclaration officielle d’un état de crise nationale lié aux violences sexistes, un renforcement des enquêtes policières, une meilleure protection des victimes potentielles ainsi qu’un soutien accru aux familles touchées.

Les militants menacent d’organiser des manifestations à l’échelle nationale si aucune réponse satisfaisante n’est apportée dans ce délai. Ils accusent les institutions de manquer de réactivité et dénoncent des enquêtes souvent lentes ou incomplètes, contribuant selon eux à un climat d’impunité.

Sous la pression croissante de la société civile, les autorités ont annoncé la création d’une unité d’enquête spécialisée regroupant des experts en criminalité, des analystes du renseignement, des spécialistes médico-légaux et des enquêteurs expérimentés dans les affaires d’homicides.

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