La Syrie dans le Moyen-Orient : peut-elle réellement gérer le Hezbollah au Liban à la place d’Israël ?
La Syrie est au cœur d’une nouvelle controverse géopolitique après les propos de Donald Trump, président des États-Unis, suggérant que Damas pourrait être chargé de « gérer le Hezbollah au Liban à la place d’Israël », estimant que le régime syrien serait capable de faire « un meilleur travail » que Benjamin Netanyahu et les opérations militaires israéliennes. Cette déclaration, faite en marge du sommet du G7 à Évian-les-Bains, bouleverse les équilibres régionaux et relance une interrogation stratégique majeure : la Syrie dispose-t-elle réellement des capacités politiques, militaires et diplomatiques pour assumer un tel rôle, ou s’agit-il d’une hypothèse irréaliste susceptible de fragiliser davantage un Moyen-Orient déjà instable ?
En critiquant la stratégie militaire israélienne au Liban, Donald Trump a dénoncé des frappes contre le Hezbollah qu’il juge disproportionnées, estimant qu’elles auraient « coûté trop de vies civiles » et provoqué la destruction de zones entières pour atteindre des combattants ciblés. Dans ce contexte, il a relancé une idée particulièrement controversée : confier à la Syrie un rôle central dans la gestion du dossier du Hezbollah, une perspective qui rompt avec des décennies de rivalités, d’ingérences et de confrontations indirectes au Moyen-Orient.
Le président américain est allé plus loin en saluant le rôle du président syrien Ahmad al-Charaa, affirmant que celui-ci « fait un travail remarquable » en Syrie et qu’il pourrait, selon lui, être plus efficace qu’Israël dans la neutralisation du Hezbollah. Une déclaration surprenante, dans un contexte où Damas a longtemps été au centre des tensions régionales, oscillant entre influence au Liban, rivalité avec Israël et alliance stratégique avec l’Iran.
Le président syrien, de son côté, a rapidement démenti toute intention d’intervention au Liban, rappelant que les priorités de son gouvernement restent la stabilisation interne, la reconstruction du pays et la normalisation progressive de ses relations internationales.
Le Hezbollah ne peut être réduit à une simple organisation armée. Il constitue un acteur politique majeur au Liban, disposant de représentants au Parlement et d’une influence significative au sein des institutions nationales.
Sur le plan militaire, le mouvement dispose d’une organisation structurée, d’une expérience de guerre éprouvée et d’un arsenal important comprenant missiles et capacités de dissuasion régionale. Il s’inscrit par ailleurs au cœur de l’« axe de la résistance » soutenu par l’Iran, dont il représente l’un des piliers stratégiques.
Ainsi, « gérer » le Hezbollah ne se limite pas à une logique militaire. Cela implique une combinaison complexe de négociations politiques, de gestion des équilibres internes libanais et de prise en compte des risques d’escalade régionale impliquant Israël et potentiellement l’Iran.
Dans ce cadre, la Syrie ne dispose ni de l’autonomie stratégique, ni de la puissance militaire, ni de la légitimité politique nécessaires pour jouer un tel rôle.
Historiquement, les relations entre la Syrie et le Hezbollah ont toujours été marquées par une forte ambivalence. Dans les années 1980 et 1990, Damas a soutenu le mouvement chiite comme instrument d’influence régionale et levier stratégique face à Israël et au Liban.
La Syrie a ensuite exercé une influence dominante sur le Liban jusqu’à son retrait militaire en 2005, structurant durablement les équilibres politiques du pays. Plus récemment, la guerre civile syrienne a renforcé l’alliance entre les deux acteurs, le Hezbollah ayant apporté un soutien militaire décisif au régime de Damas.
Cependant, malgré cette proximité, la Syrie n’exerce pas de contrôle sur le Hezbollah. L’Iran demeure le principal centre de décision stratégique au sein de cet axe régional.
À Jérusalem, la proposition américaine a été immédiatement rejetée. Les responsables israéliens considèrent qu’il est inconcevable de confier la gestion du Hezbollah à un État ayant longtemps été un adversaire direct sur le plan militaire.
Pour Israël, le Hezbollah représente une menace stratégique majeure à sa frontière nord, en raison de son arsenal et de sa capacité de frappe. Dans cette logique, la sécurité nationale ne peut être déléguée à un acteur extérieur, et encore moins à la Syrie.
