Oman et les Émirats refusent de rejoindre la coalition maritime lancée par l’Arabie saoudite : pourquoi ?

Oman et les Émirats refusent de rejoindre la coalition maritime lancée par l’Arabie saoudite : pourquoi ?

L’annonce par l’Arabie saoudite de la création d’une coalition internationale chargée de sécuriser les routes maritimes stratégiques de la mer Rouge et du golfe d’Aden marque une nouvelle étape dans la stratégie de Riyad pour renforcer son rôle de puissance régionale. Soutenue par quatorze pays, dont la Turquie, l’Égypte et le Pakistan, cette initiative ambitionne de protéger le trafic commercial face aux menaces croissantes qui pèsent sur le détroit de Bab el-Mandeb.

Mais un élément attire particulièrement l’attention : l’absence de deux membres influents du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Oman et les Émirats arabes unis. Un choix qui illustre les profondes divergences stratégiques qui persistent au sein du Golfe.

Depuis plusieurs décennies, le sultanat d’Oman fait de la neutralité le pilier de sa politique étrangère. Héritée du sultan Qabous et poursuivie par le sultan Haitham ben Tariq, cette doctrine permet à Mascate de conserver des relations équilibrées avec l’ensemble des acteurs régionaux, y compris l’Iran, les Houthis au Yémen et les pays occidentaux.

Cette position est également influencée par l’ibadisme, courant religieux majoritaire à Oman, qui privilégie une approche modérée, le dialogue et la non-ingérence dans les conflits régionaux.

Rejoindre une coalition militaire dirigée par Riyad risquerait de remettre en cause ce rôle de médiateur, qui constitue l’un des principaux atouts diplomatiques du sultanat. Oman s’est d’ailleurs toujours montré réticent à participer aux interventions militaires conduites par l’Arabie saoudite, notamment pendant la guerre au Yémen.

Les Émirats arabes unis disposent déjà d’un vaste réseau de partenariats militaires et sécuritaires avec plusieurs puissances régionales et internationales, parmi lesquelles l’Égypte, Israël, l’Inde, la France et les États-Unis.

Cette architecture de coopération offre à Abou Dhabi une grande autonomie stratégique et réduit l’intérêt d’intégrer une coalition placée sous commandement saoudien.

Au-delà de cet aspect, les relations entre Riyad et Abou Dhabi connaissent depuis plusieurs années un rééquilibrage. Malgré une coopération étroite sur plusieurs dossiers, les deux pays divergent sur des questions majeures comme la guerre au Yémen, la politique énergétique, la gestion de l’OPEP+ ou encore l’approche à adopter face à l’Iran.

Dans ce contexte, les Émirats semblent privilégier une politique étrangère plus flexible, fondée sur la diversification de leurs alliances plutôt que sur une intégration dans une structure dominée par leur voisin saoudien.

L’absence simultanée d’Oman et des Émirats met en évidence les difficultés de Riyad à construire un consensus régional autour de sa vision de la sécurité maritime.

Si tous les États du Golfe reconnaissent l’importance stratégique du détroit de Bab el-Mandeb, essentiel au commerce mondial et aux exportations d’hydrocarbures, leurs réponses aux défis sécuritaires restent très différentes.

Pour Oman, la priorité demeure la médiation et la neutralité. Pour les Émirats, il s’agit de préserver leur indépendance stratégique grâce à un réseau d’alliances diversifiées. L’Arabie saoudite, de son côté, cherche à fédérer ses partenaires autour d’une architecture de sécurité régionale placée sous son leadership.

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