Le Maroc, l’opium qui fera oublier aux Algériens la vie d’opulence

Le Maroc, l’opium qui fera oublier aux Algériens la vie d’opulence

Depuis la nuit des temps, les scientifiques font grand tort au petit poisson en l’accusant de mémoire courte et d’oubli rapide, oubliant qu’il existe parmi les êtres humains ceux qui l’ont surpassé dans ce domaine et l’ont devancé de loin, au point d’aimer leur bourreau et de haïr leur précepteur de liberté et de libération…

Et le petit peuple de notre pays, hélas, possède désormais une mémoire de poisson par excellence, dont les détails s’effacent au premier virage et avec laquelle s’évaporent les souvenirs d’une vie d’opulence, de la faim, de la pauvreté et des interminables files d’attente de lait et d’huile s’étirant comme des serpents sans fin. Il revient encore et encore pour saisir le même appât qui a fait saigner sa bouche hier et marche de ses propres pieds vers les mêmes filets où il a été piégé auparavant, dans une scène surréaliste qui prouve que l’amertume qu’il a avalée hier n’a laissé aucune trace notable dans son esprit tant qu’une nouvelle « drogue » l’attend à l’horizon.
Cette étrange drogue n’est pas un amour de la prospérité ni une passion pour la construction, mais une préoccupation absolue et unique pour les succès du Maroc et ses projets colossaux. Car la conscience du citoyen lambda a été transformée, par l’action d’un tiers, de la réflexion sur son robinet d’eau à sec, son réservoir d’électricité coupé, son réfrigérateur vide et les richesses de son pays pillées par la junte des généraux, vers l’observation des mouvements de légumes, de fruits et de viandes sur les marchés marocains, et même de ses exportations de nombreuses marchandises vers l’étranger.
Et l’étrange dans cette psychologie sarcastique, c’est que le bonheur du petit peuple ne se mesure plus à son ventre plein ou à la disponibilité d’une vie décente, mais il est devenu étroitement lié à l’étendue de la misère chez les autres. Si les voisins ont faim, nous sommes rassasiés, désaltérés et dormons à poings fermés ; et s’ils prospèrent, fleurissent et exportent leurs richesses, nous sommes saisis d’insomnie et pleurons sur les chimères de la France, les complots et l’envie des voisins, oubliant que nos ventres sont entièrement vides, à l’exception des fausses promesses et des discours insipides d’Oncle Tebboune. Et en arrière-plan de cette scène absurde, se tiennent les généraux de l’armée et les tireurs de ficelles dans les recoins sombres du Palais de la Mouradia, souriant sournoisement alors qu’ils dévorent tout sur leur passage et se dressent sur des montagnes de richesses et de ressources du pays.
Ils savent parfaitement comment gérer cette mémoire de poisson et comment jeter l’appât approprié au moment opportun pour distraire la victime. Ainsi, au lieu que le citoyen lésé s’interroge sur le destin des fonds pétroliers et gaziers et sur l’absence des moindres conditions de vie décentes en Algérie, il se retrouve entraîné derrière les écrans de télévision et les réseaux sociaux, analysant et décortiquant les projets des voisins et se consolant que la « conspiration extérieure » soit la cause de tous les maux, afin que la spirale noire perdure et que le général pisseur demeure dans sa tour d’ivoire, et que le petit peuple opprimé meure dans la file d’attente des illusions, portant la blessure de l’hameçon à la bouche sans jamais tirer la leçon.

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