Le Sahel échappe à Alger : Radiographie d’un naufrage diplomatique
L’Algérie fait face à l’un des revers les plus critiques de son histoire contemporaine à ses frontières sud. Longtemps considérée comme le pivot sécuritaire incontournable de la bande sahélo-saharienne, la diplomatie algérienne assiste, impuissante, à l’effondrement de son influence au profit de nouveaux acteurs internationaux.
Le grand tournant s’est matérialisé par l’émergence de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Niger et le Burkina Faso. En s’affranchissant des tutelles régionales, ces régimes militaires ont de facto enterré l’Accord d’Alger de 2015, qui constituait la pierre angulaire de la doctrine de paix d’Abdelmadjid Tebboune. Ce vide stratégique a immédiatement été comblé par la Russie, la Turquie et les Émirats arabes unis, reléguant Alger au rang de simple spectateur de sa propre profondeur stratégique.
Pour tenter de freiner cette marginalisation, le pouvoir algérien a opéré un virage à 180 degrés, reniant sa position doctrinale de rejet des juntes issues de coups d’État. Alger s’est résolue à livrer du matériel militaire lourd, notamment des hélicoptères et des chasseurs Sukhoï à Niamey et Bamako. Une stratégie de la dernière chance qui s’est avérée inefficace : en avril dernier, le Mali a officiellement aligné sa position sur le plan d’autonomie marocain pour le Sahara Occidental, infligeant un camouflet historique aux diplomates algériens.
Acculé par l’isolement international qu’engendrent ses ruptures diplomatiques successives, l’État algérien gère désormais le Sahel sous le seul prisme de la menace terroriste et migratoire. Aux frontières, la stabilité ne tient plus qu’à coups de subventions massives et de hausses de salaires locales visant à étouffer la contestation sociale. Ce fardeau financier lourd, adossé à une économie toujours dépendante des hydrocarbures, illustre l’impasse d’une politique étrangère en quête de second souffle.
