L’Imposture de l’industrie automobile en Algérie

L’Imposture de l’industrie automobile en Algérie

L’Algérie a longtemps caressé le rêve de bâtir une industrie automobile nationale, présentée comme un levier puissant pour la diversification économique, la création d’emplois et la réduction de la dépendance aux hydrocarbures. Des annonces tonitruantes ont jalonné les années passées, promettant l’émergence d’un pôle industriel capable de transformer le pays en un hub régional de production. Pourtant, ce qui fut grandiosement qualifié d’industrie s’est, dans la triste réalité, avéré être une vaste supercherie, un simulacre grossier masquant des intérêts douteux et une gabegie financière sans précédent.

Au lieu d’une véritable fabrication, le pays s’est contenté d’assembler des kits de composants semi-démontés (SKD) ou complètement démontés (CKD) importés en masse, une opération à faible valeur ajoutée qui n’a généré ni savoir-faire significatif, ni transfert technologique probant. Ces « usines » d’assemblage, érigées à grand renfort de subventions et de crédits bancaires mirobolants, n’ont été en fin de compte que de simples ateliers de montage, souvent décriés pour leur faible taux d’intégration locale, une condition pourtant exigée par la réglementation. Le consommateur algérien, lui, s’est retrouvé à payer des véhicules à des prix prohibitifs, bien supérieurs à ceux pratiqués sur les marchés internationaux, pour des voitures estampillées « Made in Algeria » qui n’en avaient que le nom.

Ce système opaque a principalement bénéficié à une poignée d’opérateurs devenus des magnats du secteur, à l’image de Mourad Oulmi du groupe Sovac, partenaire de Volkswagen, ou de Mahieddine Tahkout de CIMA Motors et Tahkout Manufacturing Company (TMC), lié à la marque Hyundai. Ces personnalités, parmi d’autres, ont su tirer parti de l’ancien régime des licences d’importation et des facilités accordées par l’État, transformant ainsi le rêve industriel en une source d’enrichissement personnel colossal. Les milliards de dinars de crédits bancaires et les exonérations fiscales accordées à ces projets n’ont fait qu’alourdir le fardeau sur les caisses de l’État et la balance des paiements, sans aucune contrepartie tangible pour l’économie nationale.

Les villes comme Tiaret, Relizane ou Sétif, qui devaient abriter ces fleurons industriels, ont vu s’ériger des infrastructures coûteuses sans jamais atteindre l’objectif promis d’une réelle production intégrée. L’effondrement de ce système, notamment après le mouvement populaire du Hirak et les enquêtes judiciaires qui ont suivi, a révélé l’étendue de la corruption et des malversations qui gangrenaient ce secteur. Les procès de l’affaire dite du « montage automobile » ont mis en lumière les mécanismes de favoritisme, les surfacturations et les détournements de fonds publics qui caractérisaient cette « industrie ».

Aujourd’hui, l’Algérie est confrontée à la lourde tâche de redéfinir sa stratégie automobile, forte des leçons amères du passé. La nouvelle approche vise à rompre avec les pratiques antérieures, en exigeant un réel taux d’intégration locale, une production effective et une concurrence saine et transparente. Le chemin vers une véritable industrie automobile est long et semé d’embûches, mais la reconnaissance de l’échec retentissant de la période précédente est un premier pas indispensable pour éviter de retomber dans les mirages d’une « fenkouch » industriel qui a trop longtemps abusé de la confiance et des ressources de la nation.

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