Kenya : le chef d’une secte apocalyptique reconnu coupable du meurtre de 191 personnes, dont 190 enfants
Paul Mackenzie, son épouse et 29 autres accusés ont été reconnus coupables du meurtre de 191 personnes dans l’affaire de la forêt de Shakahola. Le prédicateur aurait convaincu ses adeptes de soumettre leurs enfants à des jeûnes extrêmes pour leur permettre d’accéder au paradis avant la fin du monde. La lecture des peines est attendue en novembre.
Lundi 19 octobre 2026, un tribunal de Mombasa a reconnu coupables le prédicateur autoproclamé Paul Mackenzie, son épouse Rhoda Maweu et 29 autres accusés du meurtre de 191 personnes, parmi lesquelles 190 enfants et un adulte. Les faits sont liés aux activités d’un mouvement religieux apocalyptique dont les adeptes étaient encouragés à jeûner dans l’espoir d’accéder au paradis avant la fin du monde.
La juge Diana Mochache a annoncé le verdict après la lecture d’une décision de quelque 1 000 pages. À l’issue de cette lecture, elle a demandé aux 31 accusés de se lever et de décliner leur identité avant de leur notifier leur culpabilité pour les 191 chefs d’accusation de meurtre. Tous avaient contesté les accusations portées contre eux. La détermination des peines a été reportée au mois de novembre.
Au cœur du dossier, les enquêteurs et les magistrats ont mis au jour un système de croyances extrémistes dans lequel le jeûne prolongé était présenté comme un moyen d’atteindre le salut. Selon l’accusation, Paul Mackenzie et ses collaborateurs auraient organisé et supervisé ces pratiques dans une propriété d’environ 800 acres, soit près de 324 hectares, située dans la forêt de Shakahola, dans le sud-est du Kenya.
Les conclusions de la justice décrivent une organisation structurée autour d’une hiérarchie dans laquelle les enfants devaient mourir en premier, suivis des adolescents, des femmes et, enfin, des hommes. Selon les éléments présentés par le parquet, de nombreux enfants sont morts de faim après avoir été soumis à des restrictions alimentaires extrêmes. D’autres décès ont été attribués à des actes de violence, notamment des asphyxies, des compressions du cou et des traumatismes crâniens.
La juge Diana Mochache a également estimé que les adeptes avaient perdu une grande partie de leur autonomie avant leur installation dans la forêt. D’après ses conclusions, nombre d’entre eux dépendaient émotionnellement de Paul Mackenzie et exécutaient ses instructions sans les remettre en question.
Cette emprise se serait progressivement étendue à différents aspects de leur vie quotidienne. Certains adeptes auraient notamment accepté, sur les instructions du prédicateur, des interdictions concernant la vaccination de leurs enfants. D’autres auraient abandonné leur emploi formel pour suivre ses enseignements.
La magistrate a par ailleurs écarté l’idée selon laquelle l’installation des adeptes à Shakahola aurait résulté uniquement de la force de persuasion du chef religieux. Elle a retenu sa participation directe à l’organisation et à la supervision du déplacement de ses fidèles vers le site où les faits ont été commis.
Ces conclusions placent au centre du dossier non seulement les pratiques de jeûne imposées aux adeptes, mais aussi les mécanismes d’autorité et de dépendance qui auraient permis leur mise en œuvre. La culpabilité retenue contre les 31 accusés marque ainsi une étape judiciaire importante dans l’établissement des responsabilités liées à ces morts.
L’affaire a éclaté au grand jour en avril 2023, lorsque les autorités kényanes ont arrêté Paul Mackenzie à la suite de signalements concernant la situation de ses adeptes. Une organisation de défense des droits humains avait alerté sur les conditions de vie au sein du mouvement, tandis que certaines personnes étaient secourues.
Les investigations menées dans la forêt de Shakahola ont ensuite conduit à la découverte de nombreuses fosses communes peu profondes. Les équipes chargées des recherches ont exhumé des centaines de corps, révélant progressivement l’ampleur de la tragédie. Les services médico-légaux ont eux-mêmes rencontré des difficultés pour stocker et traiter l’ensemble des dépouilles.
En 2024, la Commission nationale kényane des droits humains avait fait état de 429 morts. Plusieurs victimes n’avaient toujours pas été identifiées. Les 191 meurtres visés par le verdict du 19 octobre ne représentent donc qu’une partie des décès examinés dans le cadre plus large de l’affaire de Shakahola.
