Pétrole : le Brent bondit à 113 dollars, les tensions avec l’Iran ravivent les craintes d’une flambée des cours
Les cours du pétrole ont fortement rebondi jeudi 22 octobre, alors que les menaces d’escalade militaire au Moyen-Orient ravivent les inquiétudes sur la sécurité des approvisionnements mondiaux. Le Brent a progressé de 4 % à 113,17 dollars le baril, son plus haut niveau depuis mai, tandis que le WTI américain a gagné 2,39 % à 99,47 dollars. Cette hausse intervient au lendemain d’une séance de repli du brut américain, qui avait cédé 0,48 % à 97,70 dollars mercredi, malgré les préparatifs militaires américains et israéliens autour de l’Iran.
Le marché pétrolier reste pris entre deux dynamiques contradictoires. D’un côté, les menaces iraniennes, les risques pesant sur le détroit d’Ormuz et les attaques contre les infrastructures saoudiennes alimentent une prime de risque géopolitique. De l’autre, les perspectives diplomatiques, les mesures d’urgence de Washington et les efforts visant à maintenir les flux énergétiques limitent, pour l’instant, la progression des cours. Cette alternance entre espoirs d’apaisement et craintes d’une confrontation plus large entretient une volatilité persistante.
Le retournement observé jeudi s’explique notamment par les déclarations des Gardiens de la Révolution iraniens, qui ont menacé d’étendre le conflit régional si les États-Unis poursuivaient leurs opérations d’escorte de navires dans le détroit d’Ormuz. Téhéran revendique le contrôle de ce passage stratégique, essentiel au transport des hydrocarbures du Golfe. Dans un communiqué publié sur leur site Sepah News, les Gardiens ont averti Washington que la poursuite de ces opérations pourrait entraîner une extension des hostilités aux bases américaines présentes dans la région.
« La prime de risque fait son retour en force sur le marché », a résumé John Kilduff, analyste chez Again Capital, cité par l’AFP. Les menaces iraniennes renforcent les craintes de perturbations supplémentaires des exportations pétrolières, alors que les marchés restent particulièrement sensibles à toute menace contre les voies maritimes et les installations énergétiques.
Le président américain Donald Trump a, de son côté, accusé Téhéran de chercher à faire grimper les prix du pétrole à l’approche des élections législatives américaines prévues le 3 novembre. Dans un message publié sur son réseau Truth Social, il a affirmé que l’Iran faisait tout ce qui était en son pouvoir pour provoquer une hausse des cours. Ces déclarations interviennent alors que Washington doit gérer simultanément les impératifs de sécurité régionale et les conséquences économiques de la hausse de l’énergie pour les ménages américains.
Les préparatifs militaires contribuent également à entretenir l’incertitude. Selon le New York Times, citant des responsables américains, les armées américaine et israélienne auraient élaboré des plans détaillés en vue d’une éventuelle nouvelle attaque contre l’Iran après les élections de mi-mandat aux États-Unis. Les cibles envisagées comprendraient des infrastructures énergétiques, des installations nucléaires ainsi que des arsenaux de missiles et de drones. Une telle opération pourrait accentuer les risques pesant sur la production et les exportations iraniennes, mais aussi provoquer des représailles susceptibles d’affecter l’ensemble de la région.
L’Arabie saoudite constitue un autre point de vulnérabilité. Depuis plusieurs semaines, les rebelles houthis du Yémen mènent des attaques d’une ampleur inédite contre des infrastructures civiles et pétrolières du royaume. Jeudi, le personnel du siège de Saudi Aramco a reçu l’ordre d’évacuer les locaux, au lendemain de frappes meurtrières contre un aéroport situé à proximité. Ces développements ravivent les inquiétudes sur la sécurité des installations du premier exportateur mondial de brut et sur sa capacité à maintenir un niveau élevé de livraisons.
Face à la hausse des prix de l’énergie, Washington tente parallèlement de limiter les répercussions sur le marché intérieur. Le département américain de l’Énergie a annoncé un prêt pouvant atteindre 315 000 barils de fioul domestique prélevés sur la réserve d’urgence du Nord-Est, qui contient environ un million de barils. Les livraisons doivent être achevées d’ici le 13 novembre. Le volume concerné représente près d’un tiers des stocks disponibles.
Cette mesure vise à soulager les tensions sur le diesel et le fioul de chauffage, dont les prix ont fortement augmenté sous l’effet des perturbations liées au conflit avec l’Iran.
Dans le même temps, les échanges énergétiques entre Washington et Moscou illustrent les arbitrages complexes auxquels les États-Unis sont confrontés. Le président russe Vladimir Poutine a reçu mercredi à Saint-Pétersbourg l’émissaire américain Steve Witkoff. À cette occasion, Moscou a indiqué que plusieurs pétroliers étaient prêts à acheminer du diesel vers les États-Unis. Le premier navire, chargé de 40 000 tonnes de carburant, devait prendre la mer dans les deux à trois jours. La Russie s’est également déclarée disposée à fournir des engrais au marché américain.
