Inde : « Voleur de votes », des milliers de manifestants accusent le chef de la Commission électorale de favoriser Modi et réclament sa démission

Inde : « Voleur de votes », des milliers de manifestants accusent le chef de la Commission électorale de favoriser Modi et réclament sa démission

Des dizaines de milliers de personnes ont investi dimanche 1er novembre les rues de New Delhi pour exiger la démission de Gyanesh Kumar, président de la Commission électorale indienne, accusé par l’opposition de compromettre l’intégrité du processus électoral. À l’origine de cette mobilisation d’ampleur, une révision controversée des listes électorales, soupçonnée de favoriser le parti du Premier ministre Narendra Modi.

À l’appel de l’alliance d’opposition INDIA, le rassemblement a réuni plusieurs figures majeures de la vie politique indienne autour de Rahul Gandhi, chef du Parti du Congrès et principal adversaire de Modi. Sonia Gandhi, Mallikarjun Kharge, Mamata Banerjee et Akhilesh Yadav figuraient également parmi les personnalités présentes, dans une démonstration d’unité destinée à accentuer la pression sur le pouvoir.

Aux cris de « Sauvez le vote, sauvez le pays » et « Voleur de votes, renonce au pouvoir », les manifestants ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une manipulation des listes électorales susceptible de priver des millions de citoyens de leur droit de vote. Prenant la parole devant la foule, Rahul Gandhi a directement mis en cause le Premier ministre Narendra Modi, son ministre de l’Intérieur Amit Shah et le responsable de la Commission électorale.

« Nous ne permettrons pas que la démocratie soit détruite en Inde. Nous ne permettrons pas que la Constitution soit détruite », a-t-il lancé, présentant cette mobilisation comme l’expression des inquiétudes de la jeunesse, des femmes, des agriculteurs et des travailleurs, au-delà des seuls partis politiques.

Le conflit porte sur une opération baptisée « Révision intensive spéciale » des listes électorales, qui a conduit à la suppression de plus de 130 millions de noms des registres provisoires. La Commission électorale justifie cette démarche par la nécessité d’éliminer les inscriptions en double, les personnes décédées, celles ayant changé de domicile ou les électeurs ne remplissant plus les conditions légales.

L’institution assure que les citoyens indûment radiés disposent de la possibilité de demander leur réinscription. Une explication que l’opposition juge insuffisante. Les adversaires du BJP dénoncent une opération susceptible d’écarter des électeurs légitimes et de modifier les équilibres électoraux au bénéfice du parti au pouvoir.

La controverse a pris une dimension supplémentaire en septembre, à la suite de révélations du quotidien The Indian Express sur les désaccords internes à la Commission électorale. Selon le journal, Gyanesh Kumar aurait pris des décisions déterminantes concernant cette révision malgré les objections répétées de deux autres commissaires. L’institution a, de son côté, relativisé ces divergences, estimant que les désaccords sont inhérents au fonctionnement de toute organisation.

Face à cette offensive politique, le BJP contre-attaque. Le ministre fédéral JP Nadda a accusé l’opposition de chercher à provoquer des troubles et à déstabiliser le gouvernement sous couvert de défendre la démocratie. Il a qualifié le rassemblement de tentative calculée de plonger le pays dans l’anarchie.

La mobilisation de dimanche s’inscrit dans une contestation qui dépasse désormais les formations politiques traditionnelles. Des organisations étudiantes et des mouvements issus de la génération Z ont également multiplié les manifestations contre la révision électorale et la gestion de la Commission. Samedi, les responsables de l’alliance INDIA avaient même organisé une procédure symbolique de destitution de Gyanesh Kumar, sans aucune portée juridique.

Reste que les accusations de manipulation électorale demeurent contestées par le gouvernement et la Commission électorale. Mais l’ampleur de la mobilisation et l’élargissement du mouvement témoignent d’une confrontation politique de plus en plus vive autour de l’indépendance des institutions et de la transparence des élections en Inde.

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *