Allemagne : inspirée par la France, la génération Z descend dans la rue et interpelle Merz
Des dizaines de milliers de jeunes ont manifesté samedi dans plusieurs villes allemandes à l’appel du collectif « GenZ regelt », pour dénoncer le manque de moyens dans les établissements scolaires et universitaires, la vie chère et l’éventualité d’un retour du service militaire. Inspirée par la mobilisation de la jeunesse française, cette contestation a donné lieu à des heurts avec les forces de l’ordre dans plusieurs villes.
La jeunesse allemande entend peser davantage dans le débat public. Des dizaines de milliers de jeunes sont descendus dans la rue, samedi 31 octobre, à l’appel du collectif « GenZ regelt », dont le nom signifie « la génération Z prend les choses en main ». Organisée dans plusieurs dizaines de villes, cette mobilisation traduit le mécontentement d’une partie de la jeunesse face aux difficultés du système éducatif et à des perspectives sociales jugées de plus en plus préoccupantes.
À l’image du mouvement observé en France, les manifestants réclament davantage de moyens pour les écoles, les lycées et les universités. Leurs revendications dépassent toutefois le seul cadre de l’éducation. Le collectif dénonce également la hausse du coût de la vie, alerte sur les conséquences du réchauffement climatique et s’oppose à l’éventualité d’une réintroduction du service militaire. Autant de préoccupations qui alimentent les inquiétudes d’une génération confrontée à des incertitudes sur son avenir.
À Berlin, Francfort et Cologne, comme dans de nombreuses autres villes, les cortèges ont rassemblé des milliers de personnes. Des pancartes portant les slogans « Il est temps de résister » ou « Merz doit partir », en référence au chancelier Friedrich Merz, témoignaient de la dimension politique de cette mobilisation. Pour les organisateurs, il ne s’agit plus seulement de dénoncer les difficultés rencontrées dans les établissements scolaires, mais aussi de réclamer des conditions de vie plus accessibles et des perspectives d’avenir plus favorables.
« Nous descendons dans les rues pour une existence accessible à tous », a déclaré Veronika Dinter, porte-parole de « GenZ regelt ». Elle a également déploré la perte de confiance dans la possibilité d’un avenir meilleur si les politiques actuelles restent inchangées. Cette déclaration résume le sentiment d’une partie des jeunes manifestants, qui estiment que leurs préoccupations ne trouvent pas de réponses suffisantes auprès des responsables politiques.
Si les rassemblements se sont déroulés dans l’ensemble de manière pacifique, des incidents ont éclaté dans plusieurs villes au cours de la soirée. À Cologne et à Francfort, des défilés ont été temporairement interrompus après des tirs d’engins pyrotechniques. À Cologne et à Hambourg, les forces de l’ordre ont utilisé des canons à eau pour disperser la foule, affirmant que des feux d’artifice avaient été dirigés contre les services de secours. À Francfort, la police a également eu recours à des gaz lacrymogènes.
À Berlin, des protestataires ont lancé des bouteilles et des œufs, tandis que des barricades ont été incendiées à Hambourg. La police a fait état de jets de pierres et de feux d’artifice visant les services d’urgence. Ces débordements ont terni une journée de mobilisation dont les organisateurs défendent le caractère pacifique.
Le mouvement ne fait cependant pas l’unanimité parmi les organisations représentant les élèves. La BSK, qui regroupe les représentants des élèves des différentes régions allemandes, a dénoncé le manque de transparence de « GenZ regelt » et choisi de ne pas participer aux manifestations du 31 octobre. Elle prévoit en revanche sa propre mobilisation le 20 novembre, avec pour objectif de réclamer de meilleures conditions d’éducation et de défendre une action pacifique.
Les revendications des jeunes s’inscrivent dans un contexte de difficultés persistantes au sein du système éducatif allemand. Dans un pays confronté au vieillissement de sa population, les moyens consacrés aux écoles, aux lycées et aux universités sont au cœur des préoccupations. La situation demeure néanmoins contrastée selon les régions, l’éducation relevant principalement de la compétence des Länder, les États régionaux allemands, et non du gouvernement fédéral.
L’ampleur de la mobilisation est toutefois restée inférieure aux prévisions des organisateurs. Quelque 170 000 personnes s’étaient inscrites en ligne pour participer aux rassemblements à travers le pays. Selon la police, environ 5 000 manifestants étaient présents à Berlin et 8 000 à Francfort, tandis que plusieurs milliers de personnes se sont réunies à Cologne.
Les autorités avaient redouté des débordements en raison de la coïncidence des manifestations avec Halloween. Le ministère allemand de l’Intérieur s’était également inquiété d’une éventuelle participation de militants radicaux venus de l’étranger et avait indiqué être en contact avec les autorités françaises et italiennes. Il a néanmoins insisté sur la nécessité de distinguer les mobilisations étudiantes pacifiques des groupes extrémistes susceptibles de chercher à détourner le mouvement à leur profit.
Vendredi, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Stern, la ministre allemande de la Famille, Karin Prien, membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), avait exhorté les jeunes à ne pas se laisser instrumentaliser par l’extrême droite ou l’extrême gauche. De son côté, « GenZ regelt » affirme rejeter toute forme de violence, de racisme et de discours de haine, ainsi que la présence de groupes extrémistes dans ses rassemblements.
