Les médias des généraux parlent de tout, des problèmes des pays voisins à la guerre russo‑ukrainienne, mais ne peuvent pas écrire un seul mot sur la situation misérable en Algérie

Les médias des généraux parlent de tout, des problèmes des pays voisins à la guerre russo‑ukrainienne, mais ne peuvent pas écrire un seul mot sur la situation misérable en Algérie

Il semble que le secteur des médias, soumis à la politique des généraux, ait dépassé le niveau de notre terre meurtrie et de son peuple désespéré, développant deux yeux bleus capables de voir au-delà de l’horizon lointain et de contempler les détails de la planète entière sans avoir besoin d’essuyer la poussière du miroir de la maison marginalisée. Ainsi, dans les bulletins d’information soigneusement préparés, nous vivons au cœur de l’événement mondial, instant après instant, apprenant la chute de la livre égyptienne sur les marchés du Caire, les débats politiques au parlement de notre voisine occidentale, le feu des manifestations dans les rues européennes, ainsi que les détails de la maladie du prince héritier du Golfe, les coulisses de la Maison‑Blanche et les nouvelles de la guerre dans les steppes de la Russie et de l’Ukraine. Un monde entier est exposé sous le microscope de nos stations, comme si la fonction première des médias était de nous informer que le monde entier chancelle et s’emmêle dans les guerres et les catastrophes, afin d’apaiser le « Zouali » en nous qui, malgré les manifestations ou les coups de feu, se voit rassuré par la qualité du sommeil, alors que les sons que produit son estomac sont plus assourdissants que les bruits des tirs et des canons…
L’ironie atteint son comble lorsque le « zoulou » étrange, dans son foyer, cherche une seule information ou un reportage qui expose les détails simples de sa vie quotidienne. Aucun article n’explique le secret des files d’attente magiques qui s’étendent comme des serpents chinois mythiques à travers les rues et les boutiques des wilayas, aucun reportage ne décortique les énigmes de la rareté de l’eau et de la hausse des prix des produits de première nécessité qui font paraître le dinar algérien comme s’il pratiquait le parachutisme sans parachute face à l’euro et au dollar. Pendant que l’attention se détourne vers les problèmes des voisins et les crises mondiales continues, la réalité locale misérable reste absente de nos médias corrompus, où les budgets des secteurs souverains du président Abdelmadjid Tebboune et de ses généraux gonflent, tandis que les activités officielles futiles prospèrent. Le salaire moyen du citoyen cherche désespérément une stabilité qui protège les familles des fluctuations des prix, laissant les jeunes scruter l’horizon maritime à la recherche d’opportunités sur d’autres rives, fuyant la famine, les maladies, la pauvreté, voire le suicide sur les plages d’Europe.
Cette fracture médiatique n’est pas un hasard passager, mais un art en soi qui consiste à nourrir le peuple avec les conflits des voisins et les douleurs du monde, dans l’espoir que la guérison des autres les fasse oublier la faim de leurs enfants et la soif de leurs aînés.
Ainsi, le citoyen qui suit la chute des monnaies sur d’autres continents est censé ressentir de la gratitude que sa propre monnaie s’effondre tranquillement, sans bruit médiatique, tandis que celui qui voit les guerres des galaxies à l’écran devrait oublier la crise de l’eau dans son puits et la rareté des matières essentielles. De cette façon, les médias se transforment d’un outil de transmission de la dure réalité du « zouali » à un écran cinématographique diffusant les problèmes fictifs des pays voisins, amenant l’Algérien à se sentir satisfait, persuadé que ce qu’il vit n’est qu’une grâce accordée par les généraux.

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