Pétrole : les espoirs de pourparlers entre Washington et Téhéran font plonger les cours du Brent
Les cours du pétrole ont enregistré une forte correction, mardi 3 novembre, dans un marché particulièrement volatil, où le regain d’espoirs diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran a pris le dessus sur les tensions militaires persistantes au Moyen-Orient. Le Brent de la mer du Nord a ainsi chuté de 7,6 % au cours des échanges, passant momentanément sous le seuil des 105 dollars le baril, avant de réduire une partie de ses pertes. Vers 15h50 GMT, il cédait encore 1,57 % à 103,12 dollars pour livraison en janvier, après avoir oscillé entre 100,80 et 107,24 dollars. Le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, reculait de 0,79 % à 95,70 dollars pour livraison en décembre.
Cette correction intervient alors que plusieurs signaux semblent raviver la perspective d’une reprise du dialogue entre Washington et Téhéran. Interrogé sur l’éventualité de nouvelles frappes contre l’Iran après les élections américaines de mi-mandat, Donald Trump a répondu par la négative. De son côté, le président iranien a indiqué que le Guide suprême avait accordé au gouvernement une marge de manœuvre élargie pour négocier avec les États-Unis.
Lundi, le président américain avait également alimenté ces anticipations en affirmant, sur sa plateforme Truth Social, que les prix du pétrole s’effondraient parce que les marchés estimaient qu’une guerre avec l’Iran pourrait être évitée. « L’Iran veut un accord, aussi rapidement que possible. Cela pourrait arriver ! », avait-il écrit, laissant entrevoir la possibilité d’un compromis diplomatique.
Ces déclarations ont contribué à accentuer la pression sur les cours, déjà orientés à la baisse lors de la séance précédente. Pour les opérateurs, la perspective d’une désescalade pourrait progressivement réduire la prime de risque géopolitique intégrée dans les prix du brut, particulièrement élevée depuis l’aggravation du conflit et les menaces pesant sur les approvisionnements en provenance du Golfe persique.
Toutefois, les espoirs diplomatiques se heurtent à une réalité militaire qui demeure particulièrement préoccupante. Avant l’ouverture des marchés américains, les cours avaient d’ailleurs évolué à la hausse, à la suite d’informations publiées par le Wall Street Journal faisant état de frappes américaines contre une île iranienne située dans le détroit d’Ormuz. Donald Trump a confirmé ces opérations mardi, expliquant que les forces américaines avaient détruit une infrastructure de défense antiaérienne iranienne, dont la construction aurait été observée pendant environ deux mois.
Ces frappes rappellent que les perspectives d’un règlement politique restent incertaines. « Il est probablement trop tôt pour penser que les risques d’escalade sont derrière nous », ont estimé les analystes d’ING. Une appréciation qui traduit les contradictions d’un marché tiraillé entre les déclarations rassurantes de Washington et la poursuite des opérations militaires contre des installations iraniennes.
Les considérations politiques américaines entrent également dans l’équation. Les élections de mi-mandat, organisées mardi, pourraient inciter certains investisseurs à limiter leur exposition aux marchés pétroliers dans l’attente d’une clarification de la stratégie de Donald Trump. « Les élections de mi-mandat aux États-Unis pourraient inciter les opérateurs à rester en retrait », a estimé Mark Bowman, analyste chez ADM Investor.
Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, a également souligné que les déclarations du président américain expliquaient probablement une partie du recul des cours, tout en rappelant que les plus fortes variations à la baisse se produisent souvent pendant les heures de cotation américaines. De son côté, Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, estime que Donald Trump a un intérêt politique à laisser entendre qu’il pourrait mettre un terme à la guerre au moment des élections.
La prudence reste d’autant plus de mise que Washington avait, selon des informations publiées la semaine dernière par le Wall Street Journal, demandé à plusieurs pays du Golfe de se préparer à une éventuelle campagne militaire « courte et intense » contre l’Iran après les élections de mi-mandat.
Dans ces conditions, le marché pétrolier demeure suspendu à l’évolution des rapports entre les deux capitales. Une reprise effective des négociations, accompagnée de garanties sur la sécurité des infrastructures énergétiques et la libre circulation des navires dans le détroit d’Ormuz, pourrait accentuer la baisse des cours en faisant disparaître une partie de la prime de risque géopolitique. À l’inverse, une intensification des frappes ou de nouvelles menaces contre les flux pétroliers du Golfe pourraient rapidement inverser la tendance. Derrière la correction observée mardi, le marché ne parie donc pas encore sur la fin du conflit, mais sur la possibilité, encore incertaine, d’éviter son aggravation.
