Ukraine : les autorités accusent Ioulia Mendel, l’ancienne porte-parole de Zelensky, de haute trahison
Le parquet général ukrainien a engagé des poursuites pour haute trahison contre Ioulia Mendel, ancienne porte-parole du président Volodymyr Zelensky, devenue ces dernières années l’une de ses principales critiques. L’ancienne collaboratrice de la présidence est notamment accusée d’avoir diffusé des déclarations favorables à la Russie et susceptibles de discréditer l’Ukraine. Elle dénonce, de son côté, une atteinte à la liberté d’expression.
Âgée de 40 ans, Ioulia Mendel a occupé le poste de porte-parole de Volodymyr Zelensky entre 2019 et 2021, durant les premières années de son mandat. Mais depuis le déclenchement de l’invasion russe en février 2022, ses relations avec le président ukrainien se sont profondément détériorées. Elle multiplie depuis les critiques publiques contre son ancien patron, l’accusant notamment de corruption, de dérive autoritaire et de faire obstacle à une issue négociée au conflit.
Dans un communiqué publié mardi 3 novembre sur Telegram, le parquet a indiqué que les procureurs avaient réuni suffisamment d’éléments pour notifier à l’ancienne porte-parole des soupçons de haute trahison et de justification de l’agression armée russe contre l’Ukraine.
Selon les autorités judiciaires, Ioulia Mendel aurait utilisé sa notoriété et son expérience au sein de la présidence pour diffuser des déclarations favorables à « l’État agresseur », dans le but de porter atteinte à l’image de l’Ukraine.
Les enquêteurs lui reprochent notamment d’avoir affirmé qu’il n’existait plus de liberté d’expression dans le pays et que celui-ci se trouvait sur une « voie d’extinction ». Ils lui attribuent également des déclarations dénonçant ceux qui « s’enrichissent grâce à la poursuite de la guerre », le clientélisme politique et les persécutions visant les voix dissidentes.
Pour le parquet ukrainien, ces prises de position reprendraient des narratifs favorables à Moscou et contribueraient à alimenter le désenchantement et la démoralisation de la société ukrainienne.
L’ancienne porte-parole a rejeté les accusations dans une réaction publiée sur Telegram. Elle estime que la formulation des charges retenues contre elle « prouve qu’elle a raison », dénonçant le prix à payer pour avoir défendu la liberté d’expression et tenté, selon ses termes, de sauver l’Ukraine sous le pouvoir de Zelensky.
Cette affaire intervient alors que les relations entre les deux anciens collaborateurs sont devenues particulièrement conflictuelles. En septembre dernier, Volodymyr Zelensky avait déjà imposé des sanctions contre Ioulia Mendel, qui réside actuellement à l’étranger.
Celle qui faisait autrefois l’éloge du président ukrainien le qualifie désormais de « principal bénéficiaire de la guerre » et de l’un des principaux obstacles à la paix. Tout en condamnant l’invasion russe et les attaques de Moscou, elle plaide pour un accord rapide avec la Russie, estimant que la poursuite des hostilités menace la survie même de l’Ukraine en tant qu’État.
L’accusation de haute trahison marque ainsi une nouvelle étape dans le conflit entre l’ancienne porte-parole et le pouvoir ukrainien. Elle intervient dans un contexte particulièrement sensible, où les autorités de Kiev considèrent certaines déclarations publiques comme susceptibles de servir les intérêts russes, tandis que Mendel présente les poursuites engagées contre elle comme une remise en cause de la liberté de critiquer le pouvoir.
