Grève du 5 novembre en France : 70 000 policiers et gendarmes mobilisés… une journée de contestation qui menace plusieurs secteurs

Grève du 5 novembre en France : 70 000 policiers et gendarmes mobilisés… une journée de contestation qui menace plusieurs secteurs

La France s’apprête à connaître une nouvelle journée de mobilisation sociale ce jeudi 5 novembre. À l’appel des organisations syndicales, rejointes par des jeunes et des Gilets jaunes, les salariés des secteurs public et privé sont appelés à descendre dans la rue pour défendre leurs revendications salariales et dénoncer les orientations budgétaires du gouvernement. 500 000 manifestants sont attendus hors région parisienne, selon les estimations communiquées par les autorités. Pour encadrer les rassemblements, 70 000 policiers et gendarmes seront déployés sur l’ensemble du territoire. L’éducation, les transports, la santé, les services postaux et les activités portuaires figurent parmi les secteurs susceptibles d’être affectés par ce mouvement interprofessionnel.

Dans l’Éducation nationale, les prévisions annoncent une mobilisation contrastée selon les territoires et les établissements. Le ministère estime à 17,54 % le taux de grévistes dans le premier degré public. Les organisations syndicales anticipent toutefois une participation nettement supérieure dans plusieurs départements. Le Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, prévoit notamment un enseignant gréviste sur deux dans l’Oise, 40 % en Eure-et-Loir et entre 50 et 70 % en Ille-et-Vilaine. En Seine-Saint-Denis, les prévisions atteindraient jusqu’à 75 % dans certains secteurs, tandis que près de 80 écoles seraient annoncées fermées à Paris.

La mobilisation devrait également concerner les collèges et les lycées. Le Snes-FSU table sur une grève bien suivie dans le second degré, tandis que les syndicats de l’enseignement privé appellent eux aussi leurs personnels à participer au mouvement. Au-delà des cours susceptibles de ne pas être assurés, les conséquences pourraient se faire sentir dans les services annexes, notamment la restauration scolaire. À Strasbourg, les cantines seront ainsi fermées. La mobilisation lycéenne et étudiante se poursuit également devant plusieurs établissements, les organisations de jeunesse appelant à maintenir la pression à la veille de cette journée nationale.

Le secteur des transports constitue un autre point sensible de cette mobilisation. À la SNCF, les quatre organisations syndicales représentatives, la CGT, l’Unsa ferroviaire, Sud Rail et la CFDT, ont appelé à la grève. La direction prévoit une circulation perturbée à fortement perturbée sur plusieurs lignes régionales, certains RER et les trains de banlieue en Île-de-France. Les grandes lignes devraient néanmoins être relativement préservées, même si environ un TGV sur dix est annoncé comme supprimé.

En Île-de-France, les perturbations concerneront les RER B, C, D et E ainsi que les lignes ferroviaires J, L, H, N, R et U. Le trafic devrait en revanche rester normal sur le RER A et les lignes K, P et V. La RATP prévoit, pour sa part, une circulation normale sur les réseaux de métro, de bus et de tramways. Cette situation ne devrait toutefois pas empêcher des difficultés pour les voyageurs dépendant des lignes ferroviaires de la SNCF.
La contestation pourrait également gagner les infrastructures portuaires et routières. Les dockers de la CGT ont annoncé leur participation au mouvement dans l’ensemble des ports français, après une première grève de 24 heures qui avait déjà provoqué leur blocage. Sur le réseau routier, plusieurs actions sont programmées. À Strasbourg, un blocage de l’autoroute A35 est annoncé à partir de 8 heures. En Isère, la Confédération paysanne prévoit un barrage filtrant à Voreppe, à proximité d’un péage de l’A48. D’autres initiatives pourraient être organisées sur des axes routiers, des ronds-points et des autoroutes, même si leur ampleur reste difficile à anticiper.

Le transport aérien pourrait lui aussi subir les conséquences de la mobilisation. Plusieurs organisations syndicales représentant les contrôleurs de la circulation aérienne, notamment la CGT, FO, SUD Aérien et Unsa Aérien, ont déposé des préavis de grève. Des réductions de trafic pourraient être imposées dans certains aéroports, en fonction des recommandations adressées aux compagnies aériennes. Les voyageurs sont ainsi invités à vérifier les conditions de leurs vols avant de se rendre dans les aéroports.
Dans le secteur de la santé, la mobilisation se concentre notamment sur les hôpitaux publics parisiens relevant de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). FO et la CGT appellent les personnels à faire grève pour obtenir le retrait des coupes budgétaires inscrites dans les projets de budget de l’État et de la Sécurité sociale. Les deux organisations prévoient également des assemblées générales dans les services et les établissements afin d’élaborer des cahiers de revendications. Elles dénoncent notamment la dégradation des conditions de travail et l’épuisement des personnels hospitaliers.

Les services postaux ne devraient pas rester à l’écart. La CFDT, la CGT FAPT, Sud PTT et FO appellent les agents de La Poste à rejoindre la mobilisation. La CGT a, de son côté, déposé un préavis de grève illimité à compter du 5 novembre. Des perturbations pourraient ainsi affecter la distribution du courrier et le fonctionnement de certains services.

Cette journée sera également marquée par un important dispositif sécuritaire. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé la mobilisation de 70 000 policiers et gendarmes sur l’ensemble du territoire, soit un dispositif comparable à celui déployé le 31 octobre. Les unités spécialisées, notamment le RAID, le GIGN et la BRI, seront également mobilisées, aux côtés des équipes cynophiles et équestres. Les autorités affirment vouloir garantir le déroulement pacifique des cortèges, tout en prévenant d’une réponse ferme en cas de violences ou de dégradations.

À Paris, le parcours de la manifestation a fait l’objet d’un différend entre la préfecture de police et l’intersyndicale. Après l’interdiction de l’itinéraire initialement envisagé entre Bastille et Concorde, les syndicats ont contesté la décision devant le tribunal administratif. La juridiction a finalement rejeté leur recours et validé le parcours alternatif reliant la place de la République à la place de la Nation, par le boulevard Voltaire. À Lyon, le tribunal administratif a également rejeté le recours de l’intersyndicale contre les restrictions imposées au parcours initial de la manifestation, qui devait relier la Manufacture des Tabacs à la place Bellecour.
Au-delà des perturbations sectorielles, cette journée constitue un nouveau test pour les organisations syndicales, qui cherchent à fédérer les mécontentements autour des salaires, du pouvoir d’achat, des conditions de travail et des moyens accordés aux services publics. La participation des salariés du privé, des agents publics, des jeunes et des Gilets jaunes donne à cette mobilisation une dimension qui dépasse les seules revendications professionnelles. Entre les prévisions de participation, les perturbations annoncées et le déploiement exceptionnel des forces de l’ordre, le 5 novembre s’annonce comme une journée particulièrement chargée pour les autorités. Reste à savoir si cette convergence des revendications se traduira par une mobilisation à la hauteur des attentes syndicales et par des perturbations durables dans les différents secteurs concernés.

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