Pétrole : le spectre d’une armada américaine vers l’Iran relance les cours et la prime de risque géopolitique

Pétrole : le spectre d’une armada américaine vers l’Iran relance les cours et la prime de risque géopolitique

Les cours du pétrole ont confirmé ce vendredi matin un rebond marqué après avoir chuté d’environ 2 % la veille. Cette correction baissière de jeudi avait été provoquée par deux facteurs principaux : d’une part, la publication d’une hausse surprise et plus importante que prévu des stocks commerciaux de brut aux États-Unis, d’autre part, un léger apaisement des tensions internationales, notamment après que les déclarations les plus agressives de Donald Trump sur le Groenland et l’Iran semblaient s’être temporairement atténuées dans les médias.

Pourtant, la situation a radicalement changé en quelques heures. À bord d’Air Force One, après son retour du Forum économique de Davos, le président américain a utilisé un langage particulièrement belliqueux, évoquant explicitement l’envoi d’une « armada » complète vers les eaux du Golfe Persique en direction de l’Iran. Ce terme, rarement employé dans le discours officiel américain depuis des décennies, renvoie historiquement à une force navale massive et dissuasive. Selon plusieurs sources proches de la Maison Blanche citées par Bloomberg et Reuters, cette flotte pourrait comprendre le porte-avions USS Gerald R. Ford, plusieurs destroyers lance-missiles de classe Arleigh Burke, des croiseurs, des sous-marins d’attaque et un important groupe logistique. L’objectif affiché serait double : réaffirmer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et envoyer un « message sans ambiguïté » à Téhéran après les récentes attaques de drones et de missiles balistiques attribuées à des proxies iraniens contre des intérêts américains et israéliens dans la région.

Cette sortie verbale a immédiatement ravivé la prime de risque géopolitique sur le marché pétrolier, qui avait reculé ces dernières semaines. Résultat : le Brent de la mer du Nord (contrat échéance mars) a rapidement progressé de 0,6 % à 0,8 % par rapport à la clôture de jeudi, évoluant désormais entre 64,40 $ et 64,60 $ le baril en début de séance européenne. Le contrat teste activement la zone technique de résistance psychologique autour des 65 $, niveau qu’il n’a plus durablement dépassé depuis mi-décembre. Le WTI (West Texas Intermediate, brut léger américain – contrat février) progresse de 0,7 % à 0,9 %, s’échangeant entre 59,70 $ et 59,90 $, flirtant avec la barre symbolique des 60 $ que les opérateurs surveillent de près depuis plusieurs semaines.

Même sans frappe militaire directe, le simple fait que le président américain évoque publiquement le déploiement d’une telle force navale suffit à faire remonter la probabilité perçue d’une perturbation de l’offre au Moyen-Orient. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite encore 20 à 21 millions de barils par jour (soit ~20 % du commerce maritime mondial de pétrole), reste le point de passage le plus stratégique et le plus vulnérable de la planète pétrolière. Toute menace réelle ou crédible de fermeture, même partielle ou temporaire, provoque systématiquement une réaction haussière immédiate.

l’EIA (Energy Information Administration) a publié une augmentation surprise de +3,6 millions de barils des stocks commerciaux de brut aux États-Unis pour la semaine close le 17 janvier, alors que le consensus tablait sur un repli de –1,8 à –2,2 Mb. Cette injection massive aurait dû accentuer la pression baissière, mais son effet a été de très courte durée : la crainte d’une escalade au Moyen-Orient a largement pris le dessus sur les préoccupations liées aux stocks.

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