Lancement d’une plateforme numérique pour les avocats à Biskra : une avancée prometteuse ou une nouvelle annonce sans lendemain ?

Lancement d’une plateforme numérique pour les avocats à Biskra : une avancée prometteuse ou une nouvelle annonce sans lendemain ?

Ce dimanche, depuis la Cour de Biskra, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Lotfi Boudjemaa, a officialisé le déploiement d’une plateforme numérique dédiée exclusivement aux avocats. Celle-ci permet de demander et de retirer électroniquement, avec signature numérique, les copies ordinaires des jugements et décisions rendus par les juridictions ordinaires et administratives, sans obligation de se rendre physiquement au greffe.
Selon le communiqué du ministère de la Justice, l’objectif affiché est clair : simplifier les démarches administratives, élargir l’accès aux services judiciaires et dispenser les avocats – souvent confrontés à des déplacements coûteux et chronophages – de se présenter en personne devant les tribunaux. Pour y accéder, l’avocat utilise ses identifiants existants sur la plateforme d’échange électronique des actes de procédure (dépôt de requêtes et mémoires), disponible sur le site officiel www.mjustice.dz. Le traitement des demandes est annoncé comme entièrement automatisé.

Une seule condition préalable : le jugement ou la décision doit déjà être disponible dans le système (rédigé, signé et numérisé). Dans ce cas, le délai maximal promis pour la mise à disposition est de 24 heures, au terme duquel l’avocat peut télécharger la copie certifiée électroniquement signée.

Si cette initiative s’inscrit dans la stratégie de modernisation judiciaire impulsée depuis plusieurs années par le gouvernement, elle soulève néanmoins plusieurs interrogations légitimes parmi les praticiens du droit :

– Dans de nombreux tribunaux algériens, les retards dans la rédaction et la notification des jugements demeurent structurels ; le délai de 24 heures risque donc de rester purement théorique pour une grande partie des affaires.
– La fracture numérique persiste : connexion Internet instable, débit faible dans les wilayas de l’intérieur et du Sud, y compris à Biskra, où l’annonce a été faite.
– La généralisation effective de la signature électronique par les magistrats reste inégale, freinée par des obstacles techniques, logistiques et parfois culturels.
– Aucune précision n’a été fournie sur les mesures de cybersécurité (protection des données sensibles, traçabilité des accès, prévention des intrusions), ce qui alimente les doutes sur la fiabilité du dispositif face aux risques croissants de piratage.

Ce lancement symbolique à Biskra – wilaya souvent choisie pour les inaugurations officielles afin de souligner une couverture nationale – s’ajoute à une série de projets de dématérialisation (portail des avocats, dépôt électronique des requêtes, audiences en visioconférence), mais les retours de terrain font état d’une mise en œuvre inégale, d’un manque de formation des personnels judiciaires et d’une adoption timide par les usagers.

Reste à voir si cette plateforme deviendra un outil concret au service des quelque 60 000 avocats inscrits au barreau national, ou si elle rejoindra la liste déjà longue des annonces ambitieuses qui peinent à se concrétiser sur le terrain. Le vrai verdict viendra de l’expérience quotidienne des professionnels du droit, bien plus que des discours d’inauguration.

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