La commémoration de la nationalisation des hydrocarbures : Sonatrach déploie un plan de 60 milliards de dollars pour renforcer l’autonomie énergétique
Alger, 24 février 2026 — Cinquante-cinq ans après la décision historique du 24 février 1971 du président Houari Boumediene, l’Algérie célèbre la nationalisation des hydrocarbures dans un contexte bien plus incertain que celui qui avait entouré cet acte fondateur de souveraineté économique. À l’époque, la reprise du contrôle des ressources nationales avait permis à l’État de s’affranchir de la tutelle des compagnies étrangères et de poser les bases d’un modèle énergétique autonome. Aujourd’hui, le paysage énergétique mondial impose des défis autrement plus complexes et expose le pays à des risques croissants.
Pendant des décennies, Sonatrach a été le pilier financier de l’économie nationale, alimentant les politiques publiques et soutenant un modèle de croissance largement dépendant de la rente pétrolière et gazière. Cette dépendance, longtemps masquée par la volatilité favorable des prix des hydrocarbures, révèle désormais toute sa fragilité face aux mutations géopolitiques, aux fluctuations des marchés et aux exigences de la transition énergétique mondiale.
Face à cette pression, les autorités, sous la direction du président Abdelmadjid Tebboune et du ministre de l’Énergie et des Mines Mohamed Arkab, ont annoncé un plan d’investissement colossal de 60 milliards de dollars pour la période 2025-2029. Présenté comme un levier de souveraineté énergétique, ce programme traduit surtout l’urgence de réadapter un modèle économique dont les marges de manœuvre s’amenuisent.
Près de 80 % des fonds seront alloués à l’amont — exploration, recherche et production — signe que l’urgence demeure de maintenir les capacités d’extraction dans un environnement international de plus en plus compétitif. Les 20 % restants seront consacrés à l’aval — raffinage et pétrochimie — afin d’augmenter le taux de valorisation des hydrocarbures, actuellement de 32 %, vers l’objectif ambitieux de 50 % d’ici 2029.
Pourtant, derrière ces chiffres se cache une réalité plus inquiétante : l’économie reste tributaire de l’exportation de ressources brutes, et la transformation industrielle, malgré les annonces répétées, reste insuffisante. La modernisation de la raffinerie de Hassi Messaoud, l’unité de vapocraquage de naphta à Arzew ou la future unité de craquage de fioul à Skikda témoignent d’efforts notables, mais leur impact réel sur la dépendance aux hydrocarbures non transformés reste incertain.
Les complexes pétrochimiques d’Arzew et Skikda, le développement de la filière polypropylène et l’unité de production de MTBE illustrent l’ambition d’une montée en gamme. De même, le mégaprojet intégré de phosphate reliant Tébessa à Souk Ahras devrait positionner l’Algérie parmi les grands exportateurs mondiaux d’engrais. Mais la concrétisation de ces projets dépend de la mobilisation des financements, de la maîtrise technologique et de la stabilité des marchés, autant de facteurs incertains dans un monde en mutation rapide.
Sur le plan minier, l’exploitation de la mine de fer de Gara Djebilet et les projets liés au zinc et au plomb visent à diversifier le socle productif national. Cependant, ces initiatives surviennent dans un contexte où la transition énergétique mondiale remet profondément en question les économies basées sur les combustibles fossiles.
Enfin, l’Algérie continue de miser sur son rôle de fournisseur énergétique pour l’Europe et sur des projets structurants tels que le gazoduc transsaharien (TSGP) reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger. Pourtant, malgré les annonces de relance en 2026, ce mégaprojet reste prisonnier de l’insécurité sahélienne, des coûts prohibitifs et de la concurrence africaine, au point de risquer de demeurer lettre morte. Loin de transformer l’Algérie en hub euro-africain crédible, ces gesticulations illustrent tragiquement la dépendance persistante à un modèle d’exportation de matières premières en voie d’épuisement, sans alternative crédible face au déclin annoncé.
En ce 24 février, la commémoration de la nationalisation des hydrocarbures n’évoque plus seulement un passé souverainiste : elle met en lumière les limites d’un modèle économique historique confronté à l’incertitude, et l’urgence d’une transformation structurelle qui tarde à se concrétiser.
