La Banque centrale algérienne face à l’effondrement du dinar et à la menace du GAFI : le nouveau gouverneur hérite d’un empilement de dossiers critiques

La Banque centrale algérienne face à l’effondrement du dinar et à la menace du GAFI : le nouveau gouverneur hérite d’un empilement de dossiers critiques

Nommé le 23 février 2026 par le président Abdelmadjid Tebboune lors du Conseil des ministres, Mohamed Lamine Lebbou prend les rênes de la Banque d’Algérie dans un climat d’urgence et d’instabilité institutionnelle marquée. Il succède à un intérim court de Mouatassem Boudiaf, lui-même en poste depuis le limogeage de Salah Eddine Taleb le 4 janvier 2026 – un départ largement attribué à la dépréciation accélérée du dinar sur le marché parallèle et aux tensions sur les équilibres monétaires. Avec cette sixième nomination en un peu plus de six ans sous la présidence Tebboune, l’institution centrale apparaît comme un pivot fragile, mais stratégique, de la refondation économique algérienne.

Le recours excessif aux mécanismes de financement direct de l’État par la Banque centrale (souvent qualifiés de « non conventionnels ») a longtemps servi de soupape budgétaire, mais au prix d’une expansion incontrôlée de la masse monétaire et de pressions inflationnistes récurrentes. Le nouveau gouverneur devra imposer des plafonds rigoureux, des critères de transparence et une coordination étroite avec le ministère des Finances. L’enjeu est double : permettre le financement des projets structurants (infrastructures, industrialisation, relance des exportations hors hydrocarbures) sans compromettre la stabilité des prix ni éroder davantage les réserves de change.

Contrairement aux années précédentes marquées par des pics autour de 9 %, l’inflation a connu un net ralentissement : elle s’établit à 1,5 % en glissement annuel à fin novembre 2025 (selon l’ONS), après 1,7 % en octobre. Cette désinflation, favorisée par la stabilité des prix alimentaires et une politique monétaire plus prudente, offre un répit bienvenu. Cependant, le risque de rebond reste élevé en cas de reprise des avances non encadrées ou de chocs externes (prix des hydrocarbures, fluctuations du dinar). Le gouverneur Lebbou devra affiner les outils classiques – ajustement des taux d’intérêt, opérations d’open market, réserves obligatoires – tout en veillant à une convergence réelle entre politique monétaire et budgétaire pour préserver le pouvoir d’achat sans freiner la croissance espérée.

L’Algérie figure toujours parmi les juridictions sous surveillance renforcée (mise à jour du 13 février 2026). Bonne nouvelle toutefois : le FATF a jugé que le pays a « substantiellement complété » son plan d’action et mérite une évaluation sur site pour vérifier la durabilité des réformes en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (AML/CFT). Une sortie effective pourrait intervenir dès mi-2026 si l’audit confirme l’engagement politique et l’effectivité des mesures. Cela renforcerait considérablement l’attractivité du système bancaire, l’inclusion financière, la confiance des investisseurs étrangers et l’efficacité de la transmission de la politique monétaire.

L’écart persistant entre le taux officiel et le taux parallèle continue de miner la crédibilité du dinar et d’extraire des liquidités du circuit formel, laissant planer le spectre d’une instabilité monétaire prolongée. Parmi les leviers immédiats à envisager : l’ouverture et la régulation de bureaux de change légaux, une refonte flexible et transparente de l’allocation des devises touristiques, et une augmentation soutenue de l’offre par la diversification des exportations hors hydrocarbures.

Sans une canalisation rapide des flux informels vers le système bancaire, la prime parallèle risque de s’enraciner durablement, la confiance de l’économie formelle de s’effriter, et les réserves de change de s’amenuiser dangereusement. Les mois à venir seront critiques : face à l’accumulation de crises structurelles, seule une rigueur monétaire implacable, une coordination gouvernementale sans faille et des réformes profondes et courageuses pourraient éviter que ce fragile équilibre ne bascule dans le chaos financier.

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