Au sommet de l’hypocrisie et de la bassesse, les généraux qui ont interdit les manifestations de solidarité avec Gaza reprochent aux États arabes d’interdire les manifestations de solidarité avec l’Iran
Dans une scène qui incarne les plus hauts degrés de l’hypocrisie, de la bassesse et de la schizophrénie politique, les médias affiliés et proches des généraux ont lancé une attaque virulente contre plusieurs capitales arabes, les accusant de réprimer la volonté des peuples. Et la raison ? Le fait que ces États aient contrôlé ou dispersé des manifestations soutenant les attaques de l’Iran contre les pays arabes, sous prétexte de préserver la sécurité nationale. Mais derrière cette piété médiatique soudaine pour les droits de l’homme se cache une vérité amère qui fait de cette attaque une simple tentative d’exporter les crises internes et de couvrir la réalité amère.
L’étrange dans l’affaire n’est pas la défense du droit de manifester en soi, mais l’identité du défenseur. Car le pouvoir militaire qui verse des larmes de crocodile sur les manifestants de Téhéran dans les rues arabes est le même qui a transformé les rues de la capitale et des grandes wilayas en casernes militaires fermées dès que le citoyen a songé à des manifestations de solidarité avec Gaza ou à l’expression de son opinion. Et depuis l’étouffement du Hirak populaire, la bande des généraux a imposé une interdiction non déclarée mais effective par la force du fer et du feu sur toute forme de rassemblement. La grande paradoxe ici n’est pas seulement l’interdiction des manifestations politiques d’opposition, mais même l’interdiction de celles qui brandissent des slogans sacrés dans la conscience arabe, en tête desquels la cause palestinienne. Alors que les médias officiels claironnent des slogans « avec la Palestine, qu’elle soit oppresseur ou opprimée », le citoyen simple se retrouve exposé à l’arrestation, à la torture et aux poursuites judiciaires s’il pense à sortir spontanément pour soutenir Gaza. Car le pouvoir militaire ne permet que des marches autorisées et contrôlées dans leurs moindres rouages, supervisées par des partis loyaux au Tebboune efféminé et à sa bande, ainsi que par des associations de la société civile fabriquées dans les laboratoires des militaires. Quant à celui qui tente de sortir sincèrement, loin de l’agenda des généraux, son destin est les prisons et des accusations toutes prêtes, allant de l’atteinte à l’unité nationale à la démoralisation du moral.
Et tandis que les médias des généraux condamnent la dispersion d’une manifestation à Amman ou à Manama, les prisons de Blida, d’El-Harrach et de Koléa chez nous regorgent de prisonniers d’opinion dont le seul crime est d’avoir voulu exercer un droit garanti par la Constitution, voire par la nature humaine elle-même, dans la solidarité avec les opprimés. Les observateurs estiment que cette attaque médiatique systématique sert deux objectifs principaux. Le premier : tenter de mettre dans l’embarras les régimes arabes qui adoptent des positions prudentes face à l’expansion iranienne, et présenter l’Algérie comme une forteresse de la résistance factice, alors que l’objectif réel est de se rapprocher de l’axe (iranien-russe) afin de garantir des loyautés internationales qui protègent la légitimité chancelante du pouvoir des généraux. Le deuxième : occuper l’opinion publique locale avec des questions de trahison et de collaboration à l’étranger pour la détourner de la réalité du répression systématique, de la flambée du coût de la vie et de l’impasse politique dont souffre la jeunesse.
Car celui qui empêche son peuple de crier pour soutenir Al-Qods, qui traque les activistes dans les ruelles et les jette dans les abysses des prisons pour un simple post sur Facebook ou une simple veille pacifique, n’a pas le droit moral de donner des leçons de démocratie ou de liberté d’expression aux autres. Il serait donc plus urgent pour le pouvoir des généraux, avant de diriger les flèches de ses médias vers ses voisins arabes, de lever le siège sur son peuple, de libérer les prisonniers d’opinion et de permettre aux citoyens d’être réellement, et non en paroles, avec la Palestine et avec leur dignité bafouée dans les files d’attente pour l’huile et la semoule, et dans les cachots du silence.
