Un marché de la honte : des enfants mis en vente sur Facebook dès les premiers jours de l’Aïd el-Fitr en Algérie
Dès les premiers jours de l’Aïd el-Fitr 2026, les réseaux sociaux algériens ont été envahis par une vague de colère et d’indignation après la diffusion d’une pratique révoltante : la mise en vente d’enfants et de nourrissons sur des groupes Facebook ouverts au public.
La stupeur a été générale lorsqu’une page intitulée « Achetez un enfant orphelin » a commencé à circuler massivement. Dans ce groupe, des annonces cyniques proposaient à l’adoption – ou plutôt à la vente – des enfants, des bébés et même des nouveau-nés, parfois à peine nés, voire des fœtus encore à naître. Le nombre d’abonnés a explosé en quelques jours pour atteindre plusieurs dizaines de milliers, transformant rapidement la page en une véritable plateforme de commerce d’êtres humains.
Selon les observations relayées par les internautes et les autorités, la majorité des enfants proposés seraient des enfants nés hors mariage. Les prix affichés oscillent entre 5 000 et 10 000 dinars algériens, soit environ 35 à 70 euros seulement, une somme dérisoire qui révèle l’ampleur du désespoir ou de la cupidité. Très vite, d’autres groupes similaires ont émergé, mais beaucoup se sont révélés être de purs arnaques : des annonces fictives destinées à escroquer des familles en quête d’enfant ou prêtes à « acheter ».
Les commentaires des Algériens expriment un mélange de sidération et de rage. Khaled s’interroge avec amertume : « Est-ce que la pauvreté en Algérie a atteint un tel niveau que des familles en arrivent à vendre leurs propres enfants pour une bouchée de pain ? » L’activiste des droits de l’Homme Chahrazad s’alarme : « Nous vivons dans un pays riche en gaz et en pétrole… et nous en sommes arrivés là ?! » Maria, plus sombre encore, met en garde : « Que Dieu protège ces enfants. Ils peuvent très bien les acheter pour les revendre dans le trafic d’êtres humains ou le commerce d’organes… et ce qui est caché est encore pire. Pendant ce temps, les autorités dorment. »
Ce scandale met cruellement en lumière les fractures sociales d’une Algérie où la misère côtoie les richesses énergétiques, où la précarité pousse certaines familles au pire, et où la toile devient le terrain de jeux des réseaux criminels ou des escrocs sans scrupules.
Face à ce trafic ignoble qui bafoue la dignité humaine et les droits de l’enfant, les appels se multiplient pour que les autorités compétentes – police judiciaire, gendarmerie et ministère de la Solidarité – réagissent avec fermeté : fermeture immédiate des groupes incriminés, identification et poursuite des administrateurs et des annonceurs, et surtout une véritable politique de protection de l’enfance capable d’empêcher que de tels marchés de la honte ne prospèrent à ciel ouvert sur les réseaux sociaux algériens.
Car vendre un enfant, même sous couvert de kafala dévoyée, n’est pas une simple annonce Facebook : c’est un crime contre l’humanité, et le silence des pouvoirs publics ne fait qu’aggraver le sentiment d’abandon ressenti par une société déjà profondément ébranlée.
