Comment l’Algérie a accumulé une longue expérience dans la gestion des files d’attente et l’humiliation des citoyens

Comment l’Algérie a accumulé une longue expérience dans la gestion des files d’attente et l’humiliation des citoyens

Dans une ère où l’actualité frôle parfois la parodie, un récent titre de presse a de quoi laisser perplexe, surpassant par son absurdité les scènes les plus sombres du théâtre du Diwan Es-Salihin. On y lit : « L’expérience algérienne contribue à enrichir une vision parlementaire du commerce international ».
À la lecture de cette déclaration, on est en droit de s’interroger, non sans une certaine amertume, sur la nature réelle de cette contribution. Quelles leçons notre modèle national peut-il concrètement exporter vers les parlements du monde ? S’agit-il de théoriser la gestion de la pénurie des produits de large consommation, comme l’huile et le lait, dont la distribution est rythmée par des chaînes d’attente (files d’attente) interminables ? Ou d’enseigner la logistique de crise à travers l’usage généralisé des camions-citernes, devenus le seul recours de foyers algériens confrontés au stress hydrique ?
C’est un paradoxe flagrant pour celle que le discours officiel qualifie de « Puissance Frappante ». Comment prétendre orienter les flux commerciaux mondiaux alors que la connectivité internet nationale est systématiquement suspendue lors des épreuves du Baccalauréat ou s’interrompt à la moindre perturbation météorologique ? Pour l’investisseur, le message est clair : en Algérie, le commerce de la résilience prime sur celui des marchandises.
Alors que les sommets internationaux se succèdent sur la transition énergétique, le quotidien national reste marqué par des délestages électriques récurrents, imposant aux citoyens une forme de « sobriété forcée ». Cette « vision internationale » semble surtout avoir transformé le citoyen algérien en un analyste économique de survie, seul au monde à devoir scruter les cours du marché noir pour subvenir à ses besoins de base, conscient que la pénurie est désormais le principal vecteur de la grogne sociale.
Comment un pays en développement, peinant à garantir les fondamentaux d’une vie décente, peut-il s’ériger en phare du commerce international ? Vouloir ériger un bilan de carences en modèle de réussite est un exercice de surréalisme politique. Évoquer l’enrichissement des théories mondiales au moment même où le « Zouali » (le démuni) subit l’humiliation des files d’attente pour un simple sac de semoule relève du cynisme.
Il semble subsister une déconnexion profonde : celle d’une élite vivant dans une Algérie parallèle, épargnée par les coupures et les pénuries, où les échanges prospèrent sur des promesses sans lendemain. Le message du citoyen au reste du monde est pourtant simple : conservez les discours de victoires illusoires, et rendez-nous l’accès à l’eau, au pain et à une infrastructure numérique digne de ce nom, loin des effluves de réseaux d’assainissement défaillants.

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