En Algérie, seuls les bourreaux nomment les membres du Conseil national des droits de l’Homme
Dans un nouveau chapitre tragique qui résume à lui seul la misère d’une Algérie en détresse, le pouvoir militaire du pays a dévoilé un énième acte de son théâtre de l’absurde. Il a annoncé, par décret présidentiel signé par Abdelmadjid Tebboune en mars 2026 (mardi 3 mars 2026, correspondant au décret n° 26-109), la nouvelle composition du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), suivi de l’élection, le 12 mars 2026 au siège de la Cour suprême d’Alger, de Maya Sahli-Fadel à sa présidence.
Cette annonce, présentée officiellement comme une étape dans le renforcement de la culture des droits humains, constitue en réalité une ironie criante : le régime transforme le bourreau en juge et le spoliateur des droits du citoyen ordinaire en prétendu gardien de ces mêmes droits. C’est une tentative pathétique de redorer le blason d’un système épuisé, qui continue de broyer un peuple spolié.
Il n’échappe plus à personne que ces récentes nominations au sein du CNDH, placées sous l’égide d’un président « méprisable » et « mou », ne reposent ni sur l’expertise en matière de droits humains ni sur une intégrité militante éprouvée. Elles apparaissent plutôt comme des récompenses de loyauté accordées à des figures qui se nourrissent des miettes de la table des généraux. Le choix des membres – dont certains désignés directement par le président de la République ou via le Parlement – selon les caprices et les diktats des cercles opaques de l’institution militaire au palais d’El Mouradia, démontre que l’objectif n’est pas de protéger le citoyen lambda. Il s’agit plutôt de fabriquer des rapports lénifiants destinés à la communauté internationale, afin de faire passer l’Algérie pour un « paradis de la démocratie » au cœur de l’Afrique, alors que la réalité quotidienne hurle la misère extrême et la terreur brutale infligée à un peuple accablé.
Le régime militaire a réussi à transformer le pays en une vaste prison où règne un silence assourdissant. Le citoyen ordinaire, épuisé à courir après son pain quotidien, redoute désormais jusqu’à prononcer le nom de Tebboune ou à critiquer les « généraux de l’ombre ». Ce n’est pas par respect, mais par une peur viscérale face à une machine répressive qui n’épargne ni enfant, ni vieillard, ni femme, ni homme. Les prisons regorgent de prisonniers d’opinion et d’opposants au système militaire. Le veuvage forcé de femmes et l’orphelinat d’enfants de militants honnêtes ne sont pas de simples figures de style : ils incarnent le drame amer de milliers de familles qui ont perdu leur soutien dans des assassinats discrets ou dans les abysses des geôles politiques.
La violation des droits est devenue une simple formalité dans des constitutions rédigées et modifiées en une nuit pour coller aux mesures d’un président dont l’élection est contestée. Nommer une telle instance « Conseil national des droits de l’Homme » relève de l’insulte à tous les principes universels. Ceux qui ont été choisis ne sont, en vérité, qu’une poignée d’instruments zélés chargés de légaliser les politiques de répression et d’intimidation.
La question qui s’impose est cinglante : comment des individus qui applaudissent la répression des manifestants, se taisent face à la torture des activistes et ferment les yeux sur la famine imposée au peuple peuvent-ils aujourd’hui disserter sur « le vivre-ensemble digne » et la préservation de la dignité en Algérie ? Il s’agit d’une simple vitrine de la répression, destinée à tromper l’opinion internationale sur une prétendue ouverture en matière de droits humains, tandis que, à l’intérieur, le pouvoir poursuit une stratégie de la « terre brûlée » contre toute voix libre réclamant la chute du régime.
L’histoire récente de l’Algérie ne pardonnera pas à ces individus qui ont bradé leur conscience pour devenir témoins mensongers de la tragédie de leur propre peuple. La création de conseils de façade n’effacera aucune larme d’orphelin, ne rendra aucun droit à une veuve et ne brisera aucune chaîne de prisonnier. Le peuple spolié, qui connaît parfaitement ses bourreaux, sait que les droits ne sont pas octroyés par les tyrans : ils s’arrachent par un combat inflexible et indomptable.
