Partenariat Algérie–Espagne : promesse d’industrialisation sans délocalisation, réalité d’une asymétrie économique
À Madrid, le président du Conseil algérien de la relance économique (CREA), Kamal Moula, a paraphé avec la Confédération espagnole des organisations patronales un protocole d’accord qui ambitionne de transformer en profondeur les relations économiques entre Alger et Madrid.
L’accord ne se limite plus aux échanges commerciaux classiques. Il introduit une logique plus structurante : celle de l’intégration industrielle et de la production conjointe, présentée comme un levier de modernisation et de diversification des économies des deux rives de la Méditerranée.
Le cœur du dispositif repose sur une répartition fonctionnelle des chaînes de production : l’Algérie serait positionnée sur les premières phases de transformation, notamment dans les industries à forte intensité énergétique, tandis que l’Espagne conserverait ou développerait les étapes à plus forte valeur ajoutée.
Ce schéma est présenté comme un modèle « gagnant-gagnant », mais il soulève aussi une question centrale : celle de la place réelle de l’Algérie dans la chaîne de valeur mondiale, entre industrialisation locale et maintien de dépendances technologiques et organisationnelles.
Le protocole met en avant un principe clé : encourager les investissements espagnols en Algérie sans délocalisation massive des unités de production. Une formule qui vise à rassurer les milieux économiques européens tout en affichant une volonté de création d’emplois locaux.
Mais cette approche hybride interroge : elle cherche à éviter les effets classiques de désindustrialisation en Europe tout en garantissant une implantation en Algérie, sans que le transfert technologique ne soit clairement garanti à long terme.
Pour Alger, ce partenariat s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique hors hydrocarbures, objectif régulièrement affiché mais encore confronté à des défis structurels : dépendance énergétique, faiblesse du tissu industriel et difficulté d’intégration technologique.
Le CREA présente ce modèle comme une opportunité de montée en gamme industrielle et de création de valeur locale. Cependant, la réussite de ce schéma dépendra de la capacité à transformer les intentions en investissements effectifs et en transferts de compétences réels.
Les deux parties ont convenu d’élaborer une feuille de route opérationnelle, incluant la sélection de secteurs prioritaires et la mise en place de groupes de travail techniques. L’enjeu sera de passer rapidement du cadre déclaratif à des projets industriels tangibles.
Dans les faits, ce type d’accords bilatéraux reste souvent tributaire de la stabilité réglementaire, de la confiance des investisseurs et de la capacité d’exécution administrative.
Pour Kamal Moula, cette initiative illustre une nouvelle génération de partenariats économiques fondés sur la co-production et l’interdépendance. Du côté espagnol, Antonio Garamendi a salué une dynamique prometteuse, y voyant une ouverture vers de nouvelles opportunités industrielles.
La désignation de l’Espagne comme invitée d’honneur de la Foire internationale d’Alger 2026 prolonge cette dynamique de rapprochement. Reste à savoir si elle débouchera sur une industrialisation réelle ou sur une simple intensification des annonces sans changement profond de structure.
Car au-delà des protocoles et des déclarations, la question demeure entière : l’Algérie est-elle en train de construire une chaîne de valeur intégrée, ou de consolider sa place dans une chaîne déjà hiérarchisée ?
