Le régime algérien et la grande farce de la « Maruja » made in Algérie
Dans un pays où l’illusion devient doctrine d’État, le pouvoir des généraux continue de creuser son propre ridicule avec une constance remarquable. Cette fois, la comédie n’a même plus besoin de se cacher derrière des débats sur un costume traditionnel ou un plat populaire. Elle a franchi la Méditerranée pour s’emparer d’une marque de chocolat espagnole emblématique : Maruja.
Imaginez la scène : un ministre du Commerce, Kamel Rezig, posant solennellement devant les caméras, brandissant une tablette de chocolat comme s’il venait de décrocher la lune. Le message est clair : ce qui était hier importé d’Espagne, fabriqué depuis 1917 par la maison Borras, devient soudain un produit national, un héritage algérien. Même emballage, même goût, même allure familière qui a accompagné des générations de Maghrébins. Seule différence, et non des moindres : l’inscription « Made in Spain » a mystérieusement disparu pour laisser place à « Made in Algérie ». Un tour de passe-passe réalisé en plein jour, sous les flashs des journalistes, transformé en exploit patriotique.
Cette affaire dépasse largement le simple fait divers commercial. Elle révèle une stratégie profonde, systématique, de l’oligarchie militaire qui dirige l’Algérie : voler l’identité des autres pour combler le vide abyssal du projet national. Si un vêtement nous plaît, il devient aussitôt une création ancestrale algérienne. Si un mets séduit les papilles, nos aïeux en auraient inventé la recette au temps des cavernes. Et si une tablette de chocolat espagnole rencontre le succès, on la nationalise par décret ministériel.
Kamel Rezig, fidèle serviteur du système Tebboune, incarne parfaitement cette misère intellectuelle. Loin de promouvoir une véritable production locale basée sur l’innovation et le travail, le régime préfère le raccourci du mensonge et de l’appropriation. Pendant que l’économie algérienne continue d’exporter principalement des pattes de poulet et des hydrocarbures, on fabrique du patrimoine sur mesure dans les ateliers du mensonge d’État.
Le plus tragique reste la manière dont cette propagande s’adresse aux Algériens eux-mêmes. On nous demande de croire que coller une nouvelle étiquette sur un produit étranger constitue une victoire historique. On nous invite à nous enorgueillir d’une identité construite par photocopie et ruban adhésif. Mais la réalité, têtue, refuse de se laisser enfermer dans ces contes. Les peuples qui bâtissent leur fierté sur le vol et l’imposture finissent toujours par se heurter violemment au mur des faits.
Maruja, le vrai, celui d’Espagne, continuera de produire du plaisir authentique. La version « algérienne » ne produira, elle, que des rires amers et une profonde gêne devant l’ampleur du naufrage. Le régime des généraux, incapable de bâtir une économie moderne, une société libre ou une identité assumée, se contente de piller les rayons des supermarchés voisins pour remplir ses discours creux.
Cette affaire de chocolat n’est pas anecdotique. Elle est le symptôme d’un pouvoir en bout de course, qui préfère falsifier le réel plutôt que de le transformer. Et pendant que les Algériens observent ce spectacle pathétique, ils mesurent chaque jour davantage le fossé qui sépare les promesses officielles de la triste réalité d’un pays otage de ses dirigeants.
