Comment les médias des généraux ont réussi à anesthésier l’esprit du troupeau en Algérie

Comment les médias des généraux ont réussi à anesthésier l’esprit du troupeau en Algérie

Bienvenue dans le studio médiatique le plus controversé, où vous trouvez l’analyste politique à la solde, assis, arborant une cravate sale (peut-être empruntée à son collègue), exhalant un enthousiasme national inégalé, mais aussi l’odeur d’une crise d’eau asphyxiante qui l’a fait se brouiller avec l’hygiène et la douche depuis plusieurs semaines.

Le présentateur entame une requête simple à son invité, le brillant homme des médias à la solde : « Parlez-nous, Monsieur, de la crise des files d’attente pour le lait, de la pénurie de semoule, et pourquoi les tomates sont-elles vendues à la pièce et au gramme, comme s’il s’agissait de bijoux anciens ? » C’est alors que se produit le miracle intellectuel : l’homme des médias se transforme subitement en un radar géopolitique transcontinental. Ses traits se contractent avec une gravité excessive pour répondre, les yeux lançant des étincelles de fausse conscience : « Le lait ? La pomme de terre ? Quelle superficialité ! Ne voyez-vous donc pas la conspiration cosmique qui se trame contre nous dans les chambres noires ? La pénurie de pommes de terre est un plan stratégique bien orchestré, mené par les forces du mal, avec à leur tête le voisin marocain, en collaboration avec le pseudo-État des Émirats arabes unis et en coordination directe avec l’ennemi sioniste, Israël, afin de déstabiliser les intestins du citoyen algérien. » Et ce génie oublie, ou feint d’oublier délibérément, que son propre ventre gargouille de faim depuis une semaine et que son salaire lui suffit à peine pour acheter une nouvelle paire de chaussures. Mais son esprit programmé refuse de plonger dans l’intérieur, car l’intérieur est sombre, rempli de généraux gâteux, de gens influents et d’hommes d’affaires qui nagent dans des mers de gaz et de pétrole, distribuant leurs rentes à leurs enfants et à leur cour dans les capitales occidentales, tandis qu’ils laissent au « zaouli » le plaisir de vivre dans l’encombrement des files d’attente interminables.

Et si on l’interroge sur la propagation du Sida ou des enfants illégitimes, il hausse le ton et déclare : « C’est de la jalousie ! Les Arabes nous envient, les Africains conspirent contre nous, et même les Amazighs n’ont pas échappé à nos classifications complotistes ! Tout le monde veut voler nos réalisations imaginaires. » Et le plus important, c’est que seule l’Algérie possède le guide de l’homme des médias accompli dans l’art de distraire le citoyen et de disperser sa pensée. La première règle est la suivante : si quelqu’un prononce le mot « affamé », criez-lui immédiatement au visage : « Le Sahara occidental occupé ! » La deuxième règle est de convaincre le citoyen que faire la queue pour la semoule sous un soleil de plomb est en réalité un sport national visant à renforcer le front intérieur contre l’agression extérieure. Et la troisième règle, concernant la répartition des richesses : le gaz et le pétrole appartiennent au peuple… sur le papier seulement. En réalité, leur place naturelle est dans les comptes de ce « khenneth » de Tebboune et de la bande bancaire des militaires en Suisse, pour les protéger de la détérioration et du gaspillage.

À la fin de l’émission, l’homme des médias quitte le studio, monte dans sa voiture délabrée et commence la longue quête d’un sachet de lait pour nourrir ses enfants, maudissant sur son chemin tous les pays du monde… à l’exception des savants du Palais d’El Mouradia, la véritable cause de sa misère et de son malheur. C’est bel et bien la comédie noire, mon ami, où l’on demande au citoyen de vivre le ventre vide et la tête pleine de guerres imaginaires, uniquement pour que la junte puisse continuer à siphoner en toute sécurité le sang du pays et de ses habitants.

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