Dans la Nouvelle Algérie, volez la nation et vous êtes un héros national ; dérobez une pomme de terre pour apaiser votre faim et c’est cinq ans de prison ferme…
Bienvenue sur la planète des merveilles où la justice se mesure à l’aide d’une balance d’une précision chirurgicale. Car si vous dérobez un milliard de dollars au peuple spolié, vous êtes un général-héros tel que Saïd Chengriha, ou un homme d’État à l’instar d’Abdelmadjid Tebboune, garant du mandat et gardien de la confiance. Mais si vous osez dérober un pilon de poulet ou une simple pomme de terre pour apaiser les gargouillements de vos entrailles affamées, alors félicitations ! Vous avez officiellement été admis à l’académie des prisons et des centres de détention, d’où vous ressortirez, cinq ans plus tard, en criminel professionnel, diplômé et certifié par le président de la République, cet efféminé de Tebboune.
Ces derniers jours, nous avons été les témoins d’un déploiement sécuritaire impressionnant qui a fait trembler les fondations du Palais d’El Mouradia. Non pas dirigé contre les réseaux de généraux qui acheminent clandestinement argent et cocaïne par-delà les mers, ni contre ceux qui ont détourné les budgets des hôpitaux et des écoles vers leurs comptes personnels en Suisse et à Paris. Mais bien contre sept adolescents innocents, dont certains ne pratiquent même pas encore le jeûne. Leur crime ? L’utilisation d’un téléphone portable lors des épreuves invraisemblables du baccalauréat. Et la sanction ? Cinq ans de prison ferme, au milieu des criminels, des assassins, des harceleurs et des pédocriminels. Il semble en effet que le système judiciaire, inféodé au régime militaire, ait subitement découvert que la fraude au baccalauréat est la cause principale de l’effondrement de l’économie nationale, et que les réseaux 4G dans les salles d’examen représentent une menace existentielle pour la sécurité du pays, bien supérieure à celle de la banqueroute du Trésor public.
Ces adolescents s’apprêtent à passer les plus belles années de leur jeunesse derrière les barreaux, aux côtés de criminels et d’assassins, propulsés directement des salles de classe aux sombres geôles. Tout cela pour avoir tenté de « voler » un point en physique ou deux en mathématiques. Pendant ce temps, ceux qui ont pillé les richesses de la nation et le gagne-pain du peuple distribuent des certificats de patriotisme depuis leurs bureaux luxueux et leurs climatiseurs de fabrication allemande. Le plus beau dans cette sentence, c’est cette chorale de compatriotes, ces opportunistes au visage lavé à la sauce, qui surgissent aussitôt pour hurler dans les médias et les journaux : « Haute trahison ! Collusion avec l’étranger ! Complot sioniste-impérialiste visant la stabilité de l’éducation via les téléphones portables ! » Pour ces mêmes individus, le citoyen qui crie famine est un agent stipendié, et le jeune qui embarque sur les « bateaux de la mort » pour fuir l’injustice et la hogra est un traître à la patrie. Quant au général qui lègue un poste à son fils ou acquiert pour son épouse un appartement à Paris avec l’argent du gaz, il est le protecteur du foyer et de la religion, intouchable et inattaquable, sous peine de subir la malédiction des martyrs.
La réalité, elle, nous chuchote que les prisons de notre pays n’ont pas été conçues pour les grandes bandes organisées ou les escrocs de haut vol. Non, elles ont été créées pour que le « zouali » affamé en ressorte en criminel endurci, lui qui y était entré comme simple citoyen égaré par la faim. Pendant ce temps, les puissants s’adonnent à leur passe-temps favori : « manger la rente », maudire la nation et léguer les patries à leur progéniture comme s’il s’agissait de parcelles de terres familiales, héritage de la lignée des fils de harkis…
