Or noir en état de choc : volatilité extrême alors que le Moyen-Orient explose
Les marchés pétroliers ont évolué dans un climat de forte nervosité jeudi 30 juillet, alors que les investisseurs tentent de mesurer les conséquences de la nouvelle escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran. Après l’annonce d’une « vaste vague » de frappes américaines contre des cibles iraniennes en représailles à une attaque visant une base américaine, les prix du pétrole sont restés extrêmement volatils, tandis que les principales places boursières ont affiché des performances contrastées.
Le marché pétrolier a d’abord réagi par une forte hausse, avant de se stabiliser sous l’effet des prises de bénéfices et des interrogations sur l’évolution du conflit. Le Brent de la mer du Nord, référence internationale, a finalement reculé de 0,2 % pour s’établir à 87,92 dollars le baril, tandis que le pétrole américain West Texas Intermediate (WTI) a perdu 0,3 % à 84,25 dollars le baril. Malgré ce léger repli, les cours restent à des niveaux nettement supérieurs à ceux observés avant le début de la guerre impliquant l’Iran, lorsque le Brent évoluait autour de 72 dollars.
La séance a néanmoins été marquée par de très fortes fluctuations. Au cours des échanges asiatiques, le Brent a atteint un sommet de 92,22 dollars, en hausse de 1,63 %, avant de réduire ses gains et de revenir sous le seuil des 91 dollars. Le WTI a, de son côté, grimpé jusqu’à 84,90 dollars, avant de retomber autour de 84,20 dollars. Cette volatilité illustre l’extrême sensibilité des marchés aux annonces militaires et diplomatiques dans une région qui concentre une part essentielle de la production mondiale d’hydrocarbures.
La veille, les deux références pétrolières avaient déjà bondi de 7 à 8 %, enregistrant l’une de leurs plus fortes hausses quotidiennes depuis le début du conflit. Les investisseurs avaient réagi aux déclarations du président américain Donald Trump, qui avait promis de frapper l’Iran « très durement » après une attaque de missiles contre une base américaine en Jordanie. Quelques heures plus tard, le Commandement central américain (CENTCOM) confirmait le lancement de plusieurs heures de frappes contre des installations iraniennes, tandis que Washington et Riyad annonçaient des opérations conjointes visant des groupes armés pro-iraniens en Irak.
À ces risques géopolitiques s’ajoutent de nouvelles inquiétudes concernant l’approvisionnement mondial en pétrole. Les opérateurs ont notamment pris connaissance de la suspension temporaire d’opérations de chargement sur une importante liaison d’exportation de la mer Caspienne après une attaque de drone contre un pétrolier, alimentant les craintes d’un durcissement des perturbations logistiques dans plusieurs zones stratégiques.
L’attention des marchés reste désormais focalisée sur le détroit d’Ormuz, passage incontournable reliant le Golfe au reste du monde et par lequel transite près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole ainsi qu’une part importante des exportations de gaz naturel liquéfié. Toute interruption durable du trafic dans ce corridor maritime provoquerait un choc majeur sur les prix de l’énergie et pourrait entraîner une nouvelle poussée inflationniste à l’échelle mondiale.
Malgré ce contexte tendu, quelques éléments ont permis de limiter la flambée des cours. Les autorités iraniennes ont autorisé le passage d’un méthanier qatari dans le détroit d’Ormuz, démontrant que le trafic maritime se poursuit, même sous haute surveillance. Les données de suivi des navires montrent également que plusieurs pétroliers continuent d’emprunter cette route stratégique, réduisant temporairement les craintes d’un blocage total des exportations.
Les analystes soulignent toutefois que le marché fonctionne désormais au rythme des développements géopolitiques. Chaque annonce de frappe, de menace ou d’incident militaire entraîne une hausse immédiate des prix, avant que les cours ne se stabilisent lorsque les infrastructures énergétiques restent opérationnelles et que les flux de pétrole ne sont pas directement affectés. Les investisseurs restent également attentifs aux éventuelles initiatives diplomatiques susceptibles de réduire les tensions entre Washington et Téhéran.
Au-delà du pétrole, cette montée des tensions a également pesé sur les marchés financiers mondiaux. Les Bourses asiatiques ont évolué en ordre dispersé, la Corée du Sud enregistrant une nouvelle forte baisse de son indice Kospi, pénalisé par les ventes massives sur les valeurs technologiques liées à l’intelligence artificielle. Les places européennes ont mieux résisté, tandis que Wall Street restait prudente après les fortes corrections enregistrées la veille.
Les investisseurs doivent également composer avec les incertitudes entourant la politique monétaire américaine. La Réserve fédérale a maintenu ses taux d’intérêt inchangés, mais son discours prudent laisse planer le doute sur le calendrier d’un éventuel assouplissement monétaire. Dans ce contexte, un pétrole durablement élevé pourrait compliquer davantage la lutte contre l’inflation et retarder une baisse des taux, ce qui accentue la prudence des marchés.
