Pourquoi le peuple algérien idolâtre les généraux
Dans notre société fragile, souffrant d’un déséquilibre des balances de la justice et des valeurs d’intégrité sous le règne des militaires, émerge une sorte de fantaisie intellectuelle et politique qui transforme le juste en faux et le faux en juste, en se basant sur le statut de l’acteur et non sur la nature de l’acte lui-même. C’est la dialectique du Wali et du Zaouali, selon laquelle les préceptes de la religion et du patriotisme sont formulés avec des critères extrêmement élastiques, où le péché est mesuré à l’aune de l’influence, et les indulgences comme les accusations sont distribuées en fonction de la proximité ou de l’éloignement des murs du Palais d’El Mouradia, engendrant une réalité aberrante qui suscite l’ironie autant qu’elle inspire la peine et la tristesse.
En contemplant cette amère réalité, nous constatons que la justification et l’incrimination deviennent une industrie en soi. Si le dépravé Abdelmadjid Tebboune s’écarte des constantes de la nation et sème la corruption et la négligence, des porte-voix prêts à l’emploi s’empressent de lui conférer les titres de Cheikh rénovateur et de jurisconsulte, qui voit par la lumière de la sagesse et perçoit ce que la masse des Zaoualia ne voit pas. Ses péchés capitaux politiques et économiques se transforment alors en une vision pieuse pour laquelle il est récompensé, qu’il ait raison ou tort, bien que l’idiot se trompe toujours. En revanche, si un simple citoyen, qui ne possède de ce monde que sa dignité, ose prononcer une parole de vérité face à un responsable ou un général injuste, les balances se retournent immédiatement contre lui. Des accusations d’hérésie, d’innovation religieuse et d’insubordination sont déversées sur sa tête, transformant son cri réclamant un morceau de pain et une gorgée d’eau propre en un complot extérieur visant la paix civile et la stabilité en Algérie. Cette hypocrisie politique, pratiquée par les élites politiques et les appareils militaires, transforme les institutions religieuses et nationales en de simples outils pour asseoir le président-clown, la marionnette des généraux, et étouffer les voix des opprimés. Le pauvre est sommé de faire preuve d’une patience absolue face aux coups et au vol de ses biens, considérant cela comme une forme d’épreuve et d’adoration, tandis que l’oppresseur est exempté de toute question ou reddition de comptes. Le patriotisme devient ainsi un vaste manteau qui couvre tous les dépassements du souverain, et se rétrécit jusqu’à devenir une potence qui s’enroule autour du cou de chaque Zaouali qui refuse de s’incliner, faisant du système religieux une simple façade pour légitimer l’injustice et protéger les corrompus.
En conclusion, on peut dire que notre pays, cette terre d’étrangetés et de merveilles, ne verra pas ses affaires s’améliorer tant que l’ijtihad religieux et l’émission de fatwas resteront l’apanage de la bande des généraux athées, pour les protéger et pour léguer le trône à leurs fils et à leurs entourages. L’hérésie et la rupture du consensus sont des accusations prêtes à l’emploi pour réprimer et faire taire les citoyens faibles. Car la mise à nu de cette contradiction flagrante dans la république des misérables est le premier pas vers le rétablissement de la vraie conscience citoyenne. L’État qui fait des erreurs et des innovations de ses dirigeants une religion à suivre et à imiter, et qui fait des cris de ses pauvres et des pleurs de ses enfants une mécréance et un blasphème contre les bienfaits divins, que l’on combat et pour lesquels on les jette dans les centres de détention sans procès légaux ni même de véritables accusations…
