Le grand ménage d’El Mouradia : quand le parrain de la corruption sacrifie ses propres fusibles
Le récent remaniement ministériel opéré à Alger ne trompe personne : il s’agit d’une opération de survie politique menée par le sommet de l’État. Face à la colère sourde d’une population asphyxiée par l’inflation et les pénuries chroniques, Abdelmadjid Tebboune a choisi de sacrifier ses propres serviteurs.
Pourtant, ce coup de balai spectaculaire ne suffit plus à masquer la réalité : en orchestrant ces purges, Tebboune tente de s’exonérer d’un système dont il est lui-même la tête pensante et le principal garant, utilisant la lutte anti-corruption comme une arme de diversion massive.Au cœur de ce séisme institutionnel, la chute de Yacine Oualid résonne comme un symbole de cette hypocrisie. Propulsé au ministère de l’Agriculture après avoir été la vitrine publicitaire de la prétendue « Nouvelle Algérie », ce ministre a sombré corps et âme dans le scandale de l’importation d’un million de moutons.
Ce fiasco logistique, entaché de graves soupçons de trafic d’influence et de détournement de deniers publics, a déjà envoyé treize personnes en détention.
En bout de course, cette descente aux enfers ne fait que mettre en lumière la corruption systémique qui ronge les cercles intimes du pouvoir présidentiel.La défenestration simultanée d’Abdelkrim Bouzred aux Finances achève de dresser le constat d’une faillite généralisée. Son éviction coïncide avec la mise au jour de réseaux de fausses déclarations douanières, utilisés pour organiser la fuite des capitaux à l’étranger sous les yeux d’un régime complice ou impuissant.Derrière la propagande officielle, cette purge démontre que Tebboune applique la politique du fusible pour protéger sa propre gouvernance.
En criminalisant ses ministres après les avoir encensés, la présidence offre le spectacle d’un pouvoir incapable de réformer l’économie, condamné à sacrifier ses pions pour maintenir l’illusion d’une moralisation publique.
