La République sur parpaings : quand la crise des pneus met les Algériens à genoux
Au réveil, c’est le choc. Un de plus. En découvrant leur voiture posée sur quatre parpaings au milieu de la nuit, des milliers d’Algériens vivent la même scène d’humiliation et de détresse. Ce vol de pneus, devenu un fléau quotidien, ne sort pas de nulle part. Il est le miroir d’un quotidien asphyxié par des choix politiques et économiques étouffants, qui transforment un simple bout de caoutchouc en un objet de luxe inaccessible.Derrière ce chaos, il y a la réalité d’une gestion à courte vue. Pour préserver les réserves de change à tout prix, le gouvernement a bloqué les importations de pièces de rechange, sans que la production locale puisse prendre le relais. Le résultat est mathématique : les prix ont explosé, atteignant parfois le montant d’un salaire mensuel complet pour un pneu standard. En créant cette pénurie artificielle, le pouvoir a lui-même ouvert la porte à un marché noir ultra-lucratif et à des réseaux criminels qui dépouillent les citoyens ordinaires.
La réponse des autorités face à cette détresse est souvent perçue comme déconnectée. Au lieu de soigner le mal à la racine, le gouvernement réagit par des menaces de sanctions ou, dans l’urgence, par des autorisations d’importation massives pour éteindre l’incendie.
Cette politique du pompier-pyromane ne rassure personne. Pendant que les discours officiels vendent des promesses d’usines et d’autosuffisance pour demain, les automobilistes et les chauffeurs de taxi, eux, doivent se débrouiller aujourd’hui pour aller travailler sans risquer leur vie sur des routes dangereuses.
Cette crise montre à quel point les décisions prises d’en haut impactent violemment la vie des gens d’en bas. Plus qu’un simple problème logistique, elle illustre la fracture entre un quotidien fait de système D et d’angoisse, et une gouvernance qui peine à assurer les besoins de base de sa population.
