Gaspillage du peuple de la République du Riz face à la faim et à la pauvreté du peuple du pétrole et du gaz
Imagine, cher citoyen désespéré, que l’on rassemble les populations de sept pays entiers de la taille de notre pays, puis que l’on les vêtisse tous de uniformes scolaires et que l’on remette à chacun d’eux une tablette connectée aux dernières avancées de la science de la galaxie et de l’univers. Ce n’est pas une scène tirée d’un film de science‑fiction hollywoodien, mais simplement une matinée ordinaire en Chine, où plus de trois cent millions d’élèves se dirigent chaque jour vers les bancs de l’école après avoir passé trois mois entiers à se déplacer entre les bras de la nature et les plages touristiques, profitant d’une pause méritée par un peuple raffiné qui privilégie le remplissage des esprits plus que le remplissage des ventres.
Ce qui rend l’expérience chinoise surprenante, ce n’est pas le chiffre astronomique qui dépasse sept fois la population de la planète, mais la paradoxale capacité du cerveau à faire du saut en hauteur. Ces peuples, entassés sur une péninsule qui ne possède comme richesse naturelle que des rizières et des champs de coton, vivent grâce à une électricité nucléaire ininterrompue depuis des décennies, boivent une eau claire et traitée sans goût de canalisations ni de déchets, et consomment une nourriture saine calculée en calories et non en aumônes courantes. Ils ne disposent ni de pétrole qui jaillit du sous‑sol, ni de gaz qui s’échappe des déserts, ni de minerais précieux dont ils se vanteraient sur la scène internationale comme le fait le « messager de l’amour », le clown Ahmed Attaf. Au contraire, ils possèdent une équation plus riche et plus précieuse que le pétrole et le gaz : la liberté de recherche, le questionnement dans le gouvernement, la dignité de vivre, l’honneur de glorifier le savoir et de le rendre accessible aux enfants de la Chine grâce à un travail assidu, productif, couronné de succès et efficace.
De l’autre côté du globe, dans nos contrées bénies du nord de l’Afrique où la population ne dépasse pas quarante millions d’habitants, nous contemplons le milliard et demi de Chinois avec une grande surprise et une jalousie profonde, bien qu’ils travaillent dans nos projets, nos routes et nos tunnels avec une très forte main‑d’œuvre. En Algérie, pays en détresse, cinq millions d’élèves s’engagent chaque année dans des écoles dans un périple qui ressemble à celui du magot africain, des conditions qui suscitent la pitié, des tables en bois qui racontent l’histoire de l’époque coloniale, et des infrastructures délabrées qui transforment les salles de classe en un refuge presque terrifiant pour des enfants dont le seul souci est que le cours se termine pour courir après un ballon de football percé ou fumer une cigarette bon marché dans les toilettes de l’école. Nous, en Algérie, continent où nous dormons sur des mers de richesses et de ressources sous nos pieds, restons impuissants face à la course à la connaissance et nous nous contentons de coupures d’électricité et de la pénurie quotidienne d’eau. La comparaison entre une nation qui gère ses affaires avec les esprits de ses enfants et la richesse de leurs idées, et une réalité qui réduit les rêves de ses générations à un morceau de pain ou à un match de championnat local, ou au regard satisfait d’un vieux général vieillissant, est la comparaison qui fait de la moquerie notre seule arme pour saisir l’ampleur du fossé qui nous sépare du reste du monde. La Chine a prouvé au monde que le vrai pétrole ne sort pas des puits de pétrole mais coule des esprits des élèves dans les écoles modernes. Quant à nous, nous attendons encore que nos ressources naturelles se transforment en miracle, sans réaliser que la science est le seul miracle qui ne s’épuise jamais et ne s’éteint jamais.
