Inspections sous-marines au large de Capo Feto : le gazoduc Algérie-Italie, maillon fragile de la sécurité énergétique européenne

Inspections sous-marines au large de Capo Feto : le gazoduc Algérie-Italie, maillon fragile de la sécurité énergétique européenne

Les opérations d’inspection des pipelines sous-marins du gazoduc Algérie-Italie traversant le détroit de Sicile débutent ce mardi 27 octobre, dans les eaux au large de Capo Feto, à Mazara del Vallo. Elles se poursuivront jusqu’au 15 décembre, sous le contrôle de l’Autorité portuaire de Mazara del Vallo. Présentée comme une simple campagne de maintenance, cette intervention rappelle une réalité plus inquiétante : une part essentielle de l’approvisionnement gazier de l’Italie — et, par extension, de l’Europe — repose sur des infrastructures immergées, invisibles, exposées à la corrosion, aux mouvements du fond marin et à des risques dont le public ne mesure guère la portée.

Le gazoduc Transmed, également connu sous le nom d’Enrico Mattei, relie l’Algérie à l’Italie via la Tunisie et constitue l’un des principaux axes d’acheminement du gaz algérien vers le marché européen. Son inspection n’est donc pas un détail technique : elle touche à la continuité des exportations algériennes, à la sécurité des approvisionnements italiens et à la crédibilité de l’Algérie comme fournisseur régional. Derrière le vocabulaire administratif de « contrôle préventif » se dessine la dépendance de deux rives de la Méditerranée à une conduite posée sous la mer, dont la moindre anomalie pourrait avoir des conséquences économiques et stratégiques considérables.

Les inspections sont menées par la société britannique Fugro GB Ltd pour le compte de Transmediterranean Pipeline Company Ltd, propriétaire du pipeline. Le programme comprend une étude des fonds marins afin d’en définir la morphologie, la bathymétrie et les communautés biologiques, à l’aide d’un sondeur multifaisceaux et d’un sonar à balayage latéral.

Des inspections visuelles et instrumentales des pipelines seront également réalisées pour vérifier leur position, leur degré d’enfouissement et l’état de leur protection cathodique. Un ROV — véhicule sous-marin télécommandé — équipé de caméras, d’un système de positionnement acoustique et d’un système de suivi des pipelines sera mobilisé pour examiner les sections les plus difficiles d’accès. En cas d’anomalies détectées, des inspections complémentaires pourront être engagées.

Un levé topographique et photogrammétrique aérien, utilisant un GPS et un drone, est également prévu pour la zone côtière. L’ampleur du dispositif illustre la complexité de l’inspection d’un gazoduc sous-marin : ce que l’on présente comme une routine révèle en réalité la fragilité d’une infrastructure que nul ne voit, mais dont dépendent des flux énergétiques essentiels.

Les opérations se dérouleront dans une zone maritime délimitée au large de Capo Feto et seront menées à bord du Calypso, un navire battant pavillon italien d’une vingtaine de mètres de long. Durant les travaux, le navire devra être considéré comme ayant une manœuvrabilité réduite.

Afin d’éviter tout risque et toute interférence, les garde-côtes ont imposé des exigences strictes à tous les navires transitant dans la zone. Ceux-ci doivent maintenir une distance de sécurité d’au moins 1 000 mètres avec le Calypso, éviter tout obstacle sur leur passage, réduire leur vitesse et prêter attention aux signaux émis par le navire d’inspection.

Ces précautions traduisent la sensibilité de l’opération. Un incident maritime, une intrusion ou une manœuvre imprudente pourrait compromettre la mission, retarder les inspections ou endommager des équipements spécialisés. Les activités doivent être réalisées par temps favorable, avec une bonne visibilité ; toute situation dangereuse ou urgence doit être immédiatement signalée à la salle des opérations de l’autorité portuaire.

L’ordonnance impose également des mesures environnementales spécifiques. Toutes les précautions doivent être prises pour éviter la pollution, les atteintes aux ressources biologiques marines et les entraves à la pêche. L’utilisation d’explosifs est formellement interdite.

Des obligations particulières s’appliquent aussi en cas de découverte de munitions non explosées ou de vestiges archéologiques submergés — un rappel que le fond méditerranéen n’est pas seulement un espace technique, mais aussi un espace chargé d’histoires, de dangers et de risques longtemps ignorés.

L’ordonnance restera en vigueur pendant toute la durée des opérations, jusqu’au 15 décembre, et prévoit des sanctions contre ceux qui ne respectent pas les exigences de l’Autorité maritime.

Derrière ces opérations de contrôle se pose une question essentielle : celle de l’état réel des infrastructures qui acheminent le gaz algérien vers le marché européen et de leur capacité à résister aux aléas techniques, aux dégradations et aux risques pesant sur les installations sous-marines. Pour Alger, l’enjeu est directement économique, puisque la continuité des exportations conditionne une part des recettes gazières. Pour Rome, il touche à la sécurité des approvisionnements. Pour l’Europe, il renvoie à une contradiction persistante : diversifier les sources d’énergie ne suffit pas lorsque les voies d’acheminement demeurent des points de vulnérabilité.

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