Crise frontalière : le Cambodge réclame le départ immédiat des troupes thaïlandaises
Phnom Penh – Le Cambodge a officiellement exigé le retrait immédiat des forces thaïlandaises de plusieurs zones frontalières qu’il considère comme son territoire souverain, quelques jours seulement après la signature d’un cessez-le-feu le 27 décembre 2025, censé mettre fin à près de trois semaines d’affrontements meurtriers.
Ce cessez-le-feu, négocié lors d’une réunion du Comité général frontalier (General Border Committee) dans la province thaïlandaise de Chanthaburi, prévoyait le gel des positions militaires, l’interdiction de tout renfort ou mouvement provocateur, ainsi qu’une coopération pour le déminage. La médiation a été assurée par l’ASEAN, avec le soutien de la Chine et des États-Unis.
Pourtant, le Cambodge dénonce ce qu’il qualifie d’« annexions illégales par la force » et accuse Bangkok d’occuper des secteurs stratégiques dans les provinces de Banteay Meanchey, Preah Vihear, Oddar Meanchey, ainsi que le village de Chouk Chey. La Thaïlande rejette ces accusations, affirmant que ses troupes défendent des territoires historiquement siamois et respectent le droit international, tout en soulignant des « violations mineures » de la part du Cambodge, notamment des survols de drones ou des activités près du temple de Preah Vihear.
Malgré le cessez-le-feu globalement respecté, des incidents sporadiques – tirs isolés ou explosions de mines – continuent de se produire. Les efforts diplomatiques se poursuivent, avec la perspective d’une réunion de la Commission conjointe de démarcation frontalière (JBC) à Siem Reap en janvier pour tenter de consolider la trêve.
La frontière de 817 km, héritée des traités franco-siamois de 1904-1907, reste une source de litiges chroniques. Le temple de Preah Vihear, site khmer du XIᵉ siècle classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO et attribué au Cambodge par la Cour internationale de Justice en 1962 et 2013, demeure un point de tension symbolique. D’autres zones contestées incluent Ta Muen Thom et des secteurs des monts Dângrêk.
Les affrontements récents ont fait plus de 100 morts et déplacé près d’un million de personnes, mobilisant des moyens militaires considérables, avec artillerie lourde, roquettes BM-21, drones et frappes aériennes thaïlandaises (F-16). Les tensions sont exacerbées par le nationalisme et des facteurs locaux, tels que les centres d’escroquerie transfrontaliers ou les ressources naturelles potentiellement exploitables.
Les ambassades étrangères recommandent d’éviter les zones frontalières dans un rayon de 50 km. Une résolution durable nécessiterait des négociations bilatérales renforcées, une démarcation claire ou un recours renouvelé à la CIJ. Pour l’heure, le statu quo reste fragile, et le risque d’escalade demeure réel si les accusations mutuelles persistent et que la situation militaire n’évolue pas vers un retrait ou une clarification territoriale.
