Décharge mortelle aux Philippines : des dizaines d’éboueurs piégés sous des tonnes d’ordures -course contre la montre pour sauver des survivants
Une catastrophe d’une violence inouïe secoue Cebu, lorsqu’une énorme portion de la décharge de Binaliw s’effondre comme une avalanche vers 16h30, engloutissant sous des dizaines de mètres cubes d’ordures compactées une cinquantaine de travailleurs. La montagne de déchets, haute de près de 60 mètres — l’équivalent d’un immeuble de vingt étages —, dévale en quelques secondes sur les zones de tri, les bureaux administratifs et les hangars métalliques en contrebas, produisant un bruit décrit par les témoins comme « un grondement de tonnerre suivi d’un silence de mort ».
Le bilan provisoire, au 10 janvier 2026, fait état de quatre morts confirmés et identifiés, dont un ingénieur et une employée de bureau, de douze survivants extraits vivants et hospitalisés dans des hôpitaux de Cebu, et de 35 à 38 personnes toujours portées disparues, très probablement piégées sous des couches successives de déchets, de plastique fondu et de boue toxique.
Les opérations de sauvetage se déroulent dans des conditions extrêmement périlleuses, avec plus de 320 secouristes — pompiers, équipes spécialisées, volontaires de la Philippine Red Cross et ingénieurs militaires — épaulés par pelleteuses, grues et chiens renifleurs. Chaque mouvement du tas de déchets est imprévisible et menace de provoquer de nouveaux glissements, tandis que les odeurs asphyxiantes de gaz de décomposition et de vapeurs chimiques, le risque permanent d’incendie lié aux batteries et aérosols, ainsi que les structures métalliques instables rendent le travail encore plus dangereux.
« On entend parfois des coups, des voix étouffées… mais dès qu’on creuse, la pile bouge à nouveau, et nous devons reculer, attendre, puis recommencer. C’est une torture pour tout le monde », confie un secouriste sous couvert d’anonymat, illustrant la tension et l’angoisse qui règnent sur le site. Pour tenter de localiser d’éventuels survivants, des capteurs acoustiques et thermiques ont été déployés afin de détecter les poches d’air où ils pourraient se trouver, car chaque minute compte dans cette course contre la montre.
Aux abords de la décharge, des centaines de proches campent jour et nuit, certains tenant des portraits plastifiés de leurs disparus, d’autres priant sous des tentes de fortune. Beaucoup de travailleurs venaient de barangays voisins — Consolacion, Liloan ou Compostela — et soutenaient toute une famille avec leur salaire quotidien.
Les causes probables de ce drame sont multiples et cumulatives : l’accumulation excessive de déchets, les pluies continues ayant ramolli le sol et les ordures, la fragilisation possible du site après le séisme de magnitude 6,9 survenu en septembre dernier, et des pratiques de gestion des déchets jugées dangereuses, avec excavation et rechargement anarchiques.
Cette tragédie rappelle l’effondrement de la décharge de Payatas en 2000, qui avait fait plus de 218 morts. Quinze ans après l’adoption de la Ecological Solid Waste Management Act, de nombreuses décharges à ciel ouvert continuent de fonctionner en violation des normes, saturées et mal compactées.
Les recherches se poursuivent sans relâche et chaque heure qui passe rend l’espoir plus fragile. Toutes nos pensées vont aux victimes, aux secouristes courageux et aux familles plongées dans ce cauchemar éveillé.
