Côte d’Ivoire : cinq ans de prison requis contre le député malien Mamadou Hawa Gassama pour avoir insulté le président Ouattara
Abidjan — Le député malien Mamadou Hawa Gassama risque jusqu’à cinq ans de prison en Côte d’Ivoire pour « outrage au chef de l’État » et « diffusion de propos injurieux en ligne ». Arrêté en juillet dernier lors d’un séjour privé à Abidjan, le parlementaire est poursuivi pour des déclarations tenues en 2022, dans lesquelles il qualifiait le président ivoirien Alassane Ouattara d’« ennemi du Mali ». Le verdict est attendu le 30 janvier 2026.
Lors d’une interview accordée à un média malien, Gassama avait critiqué ouvertement le président Ouattara. Ces propos, rapidement relayés sur les réseaux sociaux, avaient provoqué une vive polémique et conduit le parquet d’Abidjan à ouvrir une enquête pour « offense au chef de l’État ». L’affaire a finalement abouti à sa déposition devant la justice ivoirienne.
Durant les audiences, le procureur, pour sa part, a demandé la peine maximale, soit cinq ans de prison assortis d’une lourde amende, insistant sur la nécessité de « protéger l’image du président et les institutions » et de prévenir toute escalade dans un contexte régional déjà fragile. « Toute attaque ou déclaration portant atteinte aux institutions doit être punie avec la plus grande sévérité », a-t-il martelé, appelant également les internautes à faire preuve de retenue sur les réseaux sociaux, où ce type de propos peut rapidement se propager et amplifier les tensions diplomatiques.
L’affaire revêt un fort enjeu politique. Mamadou Hawa Gassama, ancien opposant à Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), s’est aligné depuis la transition militaire menée par le général Assimi Goïta. Membre du CNT, l’organe législatif de la transition malienne, il est considéré comme un soutien actif des nouvelles autorités à Bamako. Or, depuis les putschs, les relations entre la Côte d’Ivoire et le Mali sont marquées par la méfiance et la prudence. Le président Ouattara, connu pour son intransigeance face aux transitions militaires dans la région sahélienne, suit de près les évolutions politiques à Bamako, Niamey et Ouagadougou.
L’avocat de Gassama, Mamadou Ismaila Konaté, ancien ministre malien de la Justice, a plaidé pour la clémence en mettant en avant le repentir rapide et les excuses publiques de son client. Il a rappelé aux juges que le contexte régional était particulièrement sensible et que toute décision trop sévère pourrait avoir des répercussions diplomatiques importantes. « La décision sera scrutée à Bamako et fera du bruit », a-t-il averti, soulignant la nécessité d’une approche mesurée.
