Détente inattendue à la Maison Blanche : Trump et Petro se rencontrent après des mois de menaces et d’insultes
Washington – Après des mois d’échanges virulents, de menaces publiques et d’insultes réciproques sur les réseaux sociaux, le président américain Donald Trump a accueilli son homologue colombien Gustavo Petro à la Maison Blanche le 3 février 2026, dans une rencontre qui s’est déroulée de manière étonnamment cordiale et productive. Cette première entrevue en personne entre les deux dirigeants, qui dura environ deux heures dans le Bureau ovale à huis clos, représente un dégel inattendu des relations bilatérales, longtemps marquées par une profonde hostilité idéologique et des accusations mutuelles graves.
Tout avait commencé par une escalade spectaculaire. Trump, de retour au pouvoir, avait qualifié Petro d’« homme malade » qui « fabrique de la cocaïne pour la vendre aux États-Unis », allant même jusqu’à évoquer publiquement l’idée d’une intervention militaire américaine en Colombie, similaire à l’opération qui avait conduit à la capture de Nicolás Maduro au Venezuela en janvier 2026. Petro, de son côté, avait dénoncé Trump comme un dirigeant « raciste » et « autoritaire », qualifiant l’arrestation de Maduro d’« enlèvement » illégal et critiquant vivement les positions américaines sur Gaza et l’influence régionale de Washington en Amérique latine. Ces affrontements verbaux s’étaient accompagnés de sanctions temporaires contre Petro et sa famille, de la révocation de son visa américain et de menaces de coupes dans l’aide bilatérale.
Le jour de la rencontre, une voiture arborant le drapeau colombien est arrivée à la Maison Blanche peu avant (16h00 GMT). Petro, accompagné de sa chancelière Rosa Villavicencio et d’autres membres de sa délégation, a été reçu par Trump dans le Salón Este, où les deux présidents se sont serré la main devant les caméras officielles. La réunion s’est ensuite tenue en privé, en présence notable du vice-président JD Vance, du secrétaire d’État Marco Rubio et du sénateur républicain d’origine colombienne Bernie Moreno. Aucune presse n’a été autorisée dans la salle, mais des photographies officielles ont rapidement circulé : on y voit les deux dirigeants assis côte à côte, avec un document intitulé « Colombie : Alliée de l’Amérique contre le narcoterrorisme » tenu par un membre de l’équipe colombienne.
Le principal sujet de discussion a porté sur la lutte contre le trafic de drogue, priorité absolue pour l’administration Trump. La Colombie reste le premier producteur mondial de cocaïne, et les États-Unis le principal marché de consommation. Trump a insisté sur les « énormes quantités » de drogue en provenance de Colombie et sur la nécessité d’actions plus musclées, tandis que Petro a défendu, centrée sur la substitution des cultures illicites,. Malgré ces divergences de fond, des gestes concrets de bonne volonté ont été posés : tôt le matin même, la Colombie a extradé vers les États-Unis un baron de la drogue majeur, Andres Felipe Marin Silva alias « Pipe Tulua », et a accepté des vols de déportation organisés par Washington pour les migrants sans papiers.
À l’issue de la rencontre, les deux dirigeants ont multiplié les signes positifs. Trump a déclaré aux journalistes que la réunion avait été « bonne », « productive » et même « fantastique », ajoutant qu’ils s’étaient « très bien entendus » et qu’ils travaillaient sur d’autres dossiers, y compris des sanctions et la coopération régionale. Petro, de son côté, a qualifié l’échange de « cordial et productif » sur les réseaux sociaux»
Cette visite intervient à un moment politique sensible pour Petro, dont le mandat s’achève bientôt, avec l’élection présidentielle colombienne prévue en mai 2026. Des candidats de gauche comme Iván Cepeda sont en tête des sondages, et Petro cherche à consolider son legs international tout en mobilisant ses bases : il a appelé à des manifestations pacifiques à Bogota le jour même de la rencontre pour défendre la « souveraineté nationale ».
Les analystes, comme Felipe Botero de l’Université des Andes, restent prudents : « Les deux hommes sont imprévisibles ; la réunion pouvait déraper à tout moment. » Pourtant, elle s’est conclue sans incident majeur, avec des engagements concrets sur le narcotrafic et les migrations. Après des décennies d’alliance étroite, puis une rupture sous Petro, cette journée marque un retour prudent au dialogue. L’avenir des relations américano-colombiennes dépendra désormais de la capacité de ces deux leaders à transformer cette détente de façade en une coopération durable, face aux défis régionaux persistants et aux pressions internes respectives.
