La Russie durcit le ton : tout déploiement de forces étrangères en Ukraine serait traité comme une « cible légitime »
Moscou, 3 février 2026 – Dans un communiqué publié sur son site officiel, le ministère russe des Affaires étrangères a réaffirmé avec force une ligne rouge bien connue : la présence de troupes ou d’infrastructures militaires occidentales sur le sol ukrainien serait considérée comme une « ingérence étrangère » directe et une « menace immédiate » pour la sécurité nationale russe. Toute force étrangère déployée deviendrait alors une « cible légitime » pour les forces armées de la Fédération de Russie.
Citant explicitement le ministre Sergueï Lavrov, le texte précise : « Le déploiement d’unités militaires, d’installations, d’entrepôts et d’autres infrastructures de pays occidentaux en Ukraine est inacceptable et sera considéré comme une ingérence étrangère constituant une menace directe pour la sécurité de la Russie. » Il ajoute, sans ambiguïté : « Tout contingent militaire étranger, y compris allemand, s’il est déployé en Ukraine, deviendra une cible légitime pour les forces armées russes. »
Le ministère russe profite de l’occasion pour saluer les efforts du président américain Donald Trump. Il décrit l’administration Trump comme l’une des rares à avoir « immédiatement refusé d’avancer des conditions préalables dénuées de sens et destructrices » et à avoir publiquement reconnu les « causes profondes » du conflit. Parmi celles-ci, Moscou met en avant ses griefs historiques : l’expansion de l’OTAN vers l’Est et les « ouvertures » de l’Alliance envers l’Ukraine, perçues comme une menace existentielle depuis plus de vingt ans.
Cette nouvelle mise en garde s’inscrit dans une série de déclarations similaires. Dmitri Medvedev, secrétaire du Conseil de sécurité russe, a réitéré récemment que des troupes de l’OTAN en Ukraine deviendraient des « cibles légitimes pour destruction ». La porte-parole Maria Zakharova et d’autres officiels ont tenu des propos identiques ces dernières semaines. Ces avertissements visent clairement à dissuader toute initiative européenne de déploiement, tout en maintenant la pression sur les négociations.
Parallèlement, le front militaire reste actif. Des frappes russes ont visé des infrastructures civiles et énergétiques en Ukraine ces derniers jours, tandis que les forces russes revendiquent des avancées locales (comme la prise du village de Prydorozhnie dans l’oblast de Zaporijjia). Ces opérations terrestres, combinées à la rhétorique dure sur les « forces étrangères », montrent que Moscou n’entend pas relâcher la pression militaire tant qu’un accord ne correspond pas à ses objectifs stratégiques.
Les pourparlers d’Abu Dhabi représentent une fenêtre rare de dialogue direct entre Washington, Moscou et Kiev depuis le début du second mandat de Trump. Pourtant, les signaux sont contradictoires : d’un côté, des compliments russes envers Trump pour son approche « pragmatique » ; de l’autre, des lignes rouges infranchissables sur la présence occidentale et les territoires. L’issue dépendra largement des concessions que les parties seront prêtes à faire – ou non – sur le statut de l’Ukraine, sa neutralité, son armée et ses frontières.
En attendant, la déclaration de Lavrov rappelle que, pour Moscou, toute tentative d’introduire des troupes occidentales – même sous couvert de garanties de sécurité – serait perçue non comme une mesure de stabilisation, mais comme une provocation directe justifiant une réponse militaire.
