La FAO met en garde contre l’impact mondial de la crise du Golfe sur l’alimentation

La FAO met en garde contre l’impact mondial de la crise du Golfe sur l’alimentation

La crise qui secoue le Golfe persique ne menace pas seulement la stabilité régionale : elle pourrait bouleverser les systèmes alimentaires du monde entier, a averti jeudi l’économiste en chef de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Les tensions entre l’Iran et les forces américano-israéliennes perturbent déjà la circulation du pétrole, du gaz naturel liquéfié et des engrais, Maximo Torero a souligné que « le temps presse », appelant à des mesures immédiates pour limiter les répercussions sur les marchés internationaux.

« Je ne vois aucun pays qui ne sera pas touché par cela », a affirmé Torero lors d’une réunion d’information à l’ONU, insistant sur l’interconnexion des chaînes d’approvisionnement mondiales et sur la fragilité des systèmes alimentaires face à une hausse simultanée des coûts énergétiques et des intrants agricoles.

Le détroit d’Ormuz, par lequel transite quotidiennement environ 20 millions de barils de pétrole – soit près de 35 % du pétrole brut mondial – ainsi qu’une part significative du gaz naturel liquéfié et des engrais, connaît une réduction drastique de son trafic. Cette perturbation menace non seulement les flux énergétiques mais aussi les approvisionnements agricoles, notamment le soufre, composant essentiel des engrais phosphatés.

La flambée des primes d’assurance maritime, qui ont bondi de 0,25 % à près de 10 % de la valeur d’un navire pour couvrir les risques de guerre, se traduit déjà par des coûts de production accrus pour les agriculteurs à travers le globe.

Les prix des engrais connaissent une envolée spectaculaire : l’urée granulée du Moyen-Orient a grimpé de 19 % début mars, atteignant environ 590 dollars la tonne, tandis que l’urée égyptienne a vu ses tarifs augmenter encore davantage en raison du renchérissement du gaz naturel. Torero prévient que cette tendance pourrait se poursuivre avec des hausses comprises entre 20 et 50 % au premier semestre 2026.

« Cela crée un double choc », explique-t-il. « Les agriculteurs doivent faire face à des intrants plus coûteux et à une hausse des prix du carburant tout au long de la chaîne de valeur. » Pour limiter l’impact, certains producteurs pourraient réduire l’usage d’engrais ou se tourner vers des cultures moins exigeantes, comme le soja au lieu du maïs. Mais de tels ajustements risquent de diminuer significativement les rendements, particulièrement sur des sols déjà appauvris, accentuant l’insécurité alimentaire future.

La durée de la perturbation sera déterminante. Si la crise se résout rapidement, les stocks alimentaires actuels pourraient absorber le choc en quelques mois. En revanche, une crise prolongée – dépassant trois mois – pourrait compromettre les campagnes agricoles, réduire les rendements et accentuer la pénurie mondiale. Même les principaux exportateurs, tels que les États-Unis, le Brésil, l’Argentine ou l’Australie, pourraient alors se retrouver confrontés à une hausse des coûts pour les cycles de plantation suivants.

Par ailleurs, la hausse du prix du pétrole pourrait stimuler la demande de biocarburants, détournant certaines cultures des marchés alimentaires. Si cette tendance bénéficie aux producteurs, elle risque d’entraîner une augmentation du coût de l’alimentation pour les consommateurs, notamment dans les pays importateurs.

Les nations fortement dépendantes des importations de produits alimentaires et d’engrais – en particulier en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne – sont les plus exposées. Dans les pays du Golfe, la réduction du trafic maritime complique déjà la logistique des importations alimentaires. L’Iran, qui produit environ 70 % de son alimentation localement, subit une inflation alimentaire qui s’aggrave au fil de la crise.

Au-delà de l’alimentation, Torero avertit que l’impact économique pourrait être plus large encore. Les millions de travailleurs migrants dans les économies du Golfe voient leurs revenus menacés, ce qui pourrait réduire les flux de transferts de fonds vitaux pour de nombreux pays en développement. « Si les économies du Golfe sont touchées, les premiers impactés seront les travailleurs temporaires, réduisant les envois de fonds essentiels à leurs familles », précise-t-il.

Comparant la situation à l’invasion russe de l’Ukraine qui avait perturbé les marchés mondiaux des produits alimentaires et des engrais, Torero note que les agriculteurs sont aujourd’hui plus vulnérables, déjà soumis à des marges réduites.

La FAO appelle à des mesures immédiates : ouverture de routes commerciales alternatives, soutien financier aux pays vulnérables et efforts pour éviter les restrictions à l’exportation. À plus long terme, la diversification des sources d’approvisionnement et le renforcement de la résilience des systèmes alimentaires sont essentiels.

« Nous devons accorder aux systèmes alimentaires la même importance stratégique qu’à l’énergie et aux transports », conclut Torero. « Si la crise est résolue rapidement, les marchés peuvent se stabiliser. Mais si elle se prolonge, ses répercussions s’étendront bien au-delà du secteur agricole. Le temps presse. »

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