CEDEAO : Lansana Kouyaté en médiateur pour renouer avec les États du Sahel
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest tente aujourd’hui de recoller les fragments d’un espace régional profondément fragilisé. En confiant une mission de médiation à Lansana Kouyaté, l’organisation ambitionne de rétablir un dialogue presque rompu avec le Niger, le Mali et le Burkina Faso.
Cette initiative intervient toutefois dans un contexte de rupture assumée. En 2025, ces trois États, dirigés par des régimes militaires, ont acté leur retrait de l’organisation régionale pour donner naissance à leur propre alliance, revendiquant une souveraineté accrue. La fracture dépasse désormais le simple désaccord politique : elle traduit une recomposition profonde des équilibres en Afrique de l’Ouest.
Dans cette dynamique, les capitales sahéliennes ont progressivement redéfini leurs partenariats. Le rapprochement avec la Russie s’est intensifié, tandis que les critiques à l’égard de la France et de certains acteurs ouest-africains se sont durcies. La mission confiée à Kouyaté s’inscrit ainsi dans un environnement diplomatique fortement polarisé.
Les précédentes tentatives de rapprochement ont échoué à infléchir cette trajectoire. Ni Bassirou Diomaye Faye en 2024, malgré une approche conciliatrice, ni John Dramani Mahama en 2025, en dépit d’une offensive diplomatique soutenue, n’ont réussi à convaincre les autorités sahéliennes de revoir leur position. Ces échecs successifs révèlent une transformation stratégique plus profonde qu’un simple déficit de dialogue.
En réalité, les régimes militaires ont consolidé une posture de défiance envers l’ordre régional, jugé trop aligné sur des intérêts extérieurs et inefficace face aux défis sécuritaires. Dès lors, la mission actuelle apparaît comme un test crucial de la capacité de l’organisation à se réinventer et à restaurer sa crédibilité.
À cette fracture politique s’ajoute une contrainte majeure : la détérioration continue de la situation sécuritaire dans le Sahel. La multiplication des attaques menées par des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique fragilise durablement les États et complique toute initiative diplomatique. Cette insécurité persistante alimente la défiance des populations et renforce les discours souverainistes.
Une interrogation centrale demeure : cette médiation peut-elle réellement aboutir, ou s’inscrit-elle dans une série d’initiatives vouées à buter sur une nouvelle réalité géopolitique déjà consolidée ? Entre volonté affichée de dialogue et logique assumée de rupture, la mission de Kouyaté repose sur un équilibre particulièrement fragile.
