Trump menace d’imposer des droits de douane de 50 % aux pays fournissant des armes à l’Iran : menace crédible ou simple effet d’annonce ?
Le président américain Donald Trump a de nouveau secoué la scène internationale en menaçant d’imposer des droits de douane de 50 % sur les importations en provenance des pays qui aideraient l’Iran à se procurer des armes. Cette annonce, publiée sur Truth Social, intervient quelques heures seulement après l’acceptation par Washington d’un cessez-le-feu de deux semaines avec Téhéran.
Trump n’a toutefois pas précisé quelle autorité légale permettrait de mettre en œuvre ces tarifs, laissant planer un doute sur leur faisabilité. En février dernier, la Cour suprême avait en effet invalidé l’usage par Trump de la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (IEEPA) pour imposer des droits de douane mondiaux généralisés, entraînant la restitution d’environ 166 milliards de dollars perçus au cours de l’année précédente.
La chercheuse Rachel Ziemba, du Center for a New American Security, souligne la complexité de la situation : « Les États-Unis ne disposent d’aucun levier immédiat pour agir sans passer par le Congrès ou adapter un autre instrument commercial. Or, il n’existe pas de mécanisme commercial spécifique à la sécurité nationale. »
Trump n’a cité aucun pays en particulier, mais la Chine et la Russie sont régulièrement accusées d’avoir fourni à l’Iran des missiles, des systèmes de défense aérienne et des technologies militaires. Pékin et Moscou ont nié toute livraison récente, bien que certaines accusations persistent, notamment concernant des équipements de production de semi-conducteurs chinois destinés à l’armée iranienne.
Si l’objectif affiché semble viser la Chine, comme l’analyse Josh Lipsky de l’Atlantic Council, la menace risque de rester symbolique à court terme, surtout à l’approche du voyage de Trump à Pékin pour rencontrer Xi Jinping à la mi-mai. « Imposer des droits de douane de 50 % serait très coûteux pour les importateurs et consommateurs américains, et cela pourrait nuire aux négociations diplomatiques », note Ziemba.
Pour contourner les limites légales, Trump pourrait s’appuyer sur des instruments commerciaux alternatifs. L’article 301 permet déjà d’imposer des droits pour pratiques commerciales déloyales, tandis que l’article 232 de la loi sur l’expansion du commerce de 1962 offre la possibilité de droits ciblés pour des raisons de sécurité nationale. Cependant, ces mesures nécessitent des enquêtes longues et des consultations publiques.
La Russie, de son côté, continue de fournir certaines technologies d’armement à l’Iran, mais les importations américaines depuis Moscou restent limitées et encadrées par les sanctions imposées depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Les importations russes de produits stratégiques comme le palladium et l’uranium enrichi ont augmenté en 2025, suscitant déjà des enquêtes antidumping du département du Commerce américain.
Au final, cette menace de Trump apparaît pour l’instant davantage comme un signal politique et diplomatique que comme une action concrète imminente. Elle reflète cependant la tendance du président à revenir aux droits de douane comme outil de pression face aux tensions internationales, en particulier avec la Chine et l’Iran.
