Espagne : l’épouse de Pedro Sánchez rattrapée par un scandale de corruption
Madrid –. L’épouse du Premier ministre Pedro Sánchez, Begoña Gómez, a été formellement inculpée pour plusieurs délits de corruption au terme de près de deux ans d’enquête judiciaire. La décision du juge Juan Carlos Peinado, datée du 11 avril 2026 et rendue publique lundi 13 avril, marque une escalade majeure dans une affaire qui mine déjà la crédibilité du gouvernement socialiste.
Selon l’ordonnance du magistrat, Begoña Gómez, 55 ans, est poursuivie pour détournement de fonds publics, trafic d’influence, corruption dans les affaires et appropriation illicite. Le juge estime avoir réuni des « indices suffisants » de comportement pénal, affirmant notamment que la chaire universitaire qu’elle codirigeait à l’université Complutense de Madrid aurait servi de « moyen de progression professionnelle privée ».
L’instruction, ouverte en avril 2024, porte principalement sur des soupçons selon lesquels Mme Gómez aurait profité de sa proximité avec le chef du gouvernement afin d’obtenir des avantages personnels. Dans ce cadre, les investigations se concentrent notamment sur la création et le fonctionnement d’une chaire à l’université Complutense de Madrid, qu’elle codirigeait, ainsi que sur ses relations présumées avec des entreprises privées ayant bénéficié de contrats ou de fonds publics, sans exclure l’hypothèse d’une utilisation de moyens publics et de contacts institutionnels au profit d’intérêts privés.
Le juge Peinado écrit explicitement que ces entreprises participaient à de « nombreux appels d’offres publics » et que les contacts entretenus visaient à obtenir « des avantages futurs indus, privés ou commerciaux ». Pour lui, le parrainage de la chaire aurait pu servir de « façade » à une forme de rémunération déguisée en échange de faveurs liées au gouvernement.
Begoña Gómez, actuellement en visite officielle en Chine aux côtés de son époux, a toujours nié avec vigueur ces accusations. Pedro Sánchez, de son côté, dénonce une manœuvre politique orchestrée par la droite et l’extrême droite pour déstabiliser son exécutif.
L’affaire a débuté suite à une plainte déposée par le syndicat anti-corruption Manos Limpias (« Mains propres »), une organisation qui entretient des liens avec l’extrême droite espagnole. Cette origine a immédiatement alimenté les accusations de « guerre judiciaire » (lawfare) lancées par le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et le palais de la Moncloa.
Pedro Sánchez a qualifié les allégations visant son épouse de « tentative de déstabilisation » par l’opposition. Le Parti populaire (PP, droite) et d’autres formations d’opposition ont, quant à eux, réclamé sa démission ou au moins des explications publiques plus détaillées.
Cette inculpation n’arrive pas isolément. Elle s’inscrit dans une série d’affaires qui touchent l’entourage proche du Premier ministre :
Le frère de Pedro Sánchez, David Sánchez, est mis en cause dans un dossier distinct de trafic d’influence lié à son recrutement dans une administration régionale.
L’ancien ministre des Transports et ancien bras droit de Sánchez, José Luis Ábalos, a comparu en avril dans une affaire de pots-de-vin présumés portant sur des contrats publics.
Ces dossiers cumulés exercent une pression intense sur le gouvernement de coalition minoritaire de Pedro Sánchez, qui doit déjà naviguer avec difficulté au Parlement.
Le ministre de la Justice, Félix Bolaños, a vivement critiqué l’ordonnance du juge Peinado, estimant qu’elle discrédite une partie du système judiciaire espagnol. Du côté de la défense, on dispose désormais de cinq jours pour présenter des arguments avant une éventuelle ouverture du procès oral.
Le juge a par ailleurs écarté l’accusation d’intrusisme professionnel faute d’indices suffisants, mais a maintenu les quatre autres chefs d’inculpation. L’affaire pourrait désormais être renvoyée devant un tribunal, potentiellement avec jury populaire pour certains volets.
Begoña Gómez, qui occupe une place discrète mais influente dans l’ombre du pouvoir depuis l’arrivée de son mari à la Moncloa en 2018, se retrouve au centre d’une tempête médiatique et politique. Pour beaucoup d’observateurs, cette affaire symbolise les tensions croissantes entre le pouvoir exécutif socialiste et une partie du pouvoir judiciaire, accusé par la gauche d’être instrumentalisé par la droite.
