Cameroun : Le pape Léon XIV appelle fermement à rompre avec la corruption devant Paul Biya
Yaoundé, le 15 avril 2026 — En poursuite de sa visite apostolique en Afrique, le pape Léon XIV a prononcé ce mercredi à Yaoundé un discours d’une rare fermeté sur la gouvernance et l’intégrité publique. Lors de sa rencontre avec le président Paul Biya et son épouse Chantal Biya au Palais de l’Unité, le Souverain Pontife a exhorté sans détour les autorités camerounaises à rompre avec les pratiques de corruption qui minent l’État, fragilisent les institutions et érodent la confiance des citoyens.
« Pour que la paix et la justice règnent véritablement, il faut briser les chaînes de la corruption, qui défigurent l’autorité et lui enlèvent toute crédibilité », a déclaré le pape Léon XIV. Il a insisté sur la nécessité pour les responsables politiques, administratifs et économiques d’exercer leurs fonctions « avec intégrité et droiture ».
Ce message, prononcé en présence du chef de l’État au pouvoir depuis 1982, s’inscrit dans la ligne annoncée par le Vatican : la lutte contre la corruption et le bon usage de l’autorité politique figurent parmi les thèmes centraux de cette étape camerounaise.
La visite du Souverain Pontife, qui se poursuivra jusqu’au 18 avril à Yaoundé, Bamenda et Douala, intervient dans un contexte national particulièrement complexe : persistance de la crise dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, tensions post-électorales après la présidentielle contestée de 2025, difficultés économiques persistantes, ainsi que des défis majeurs en matière de justice sociale et de cohésion nationale.
De nombreuses voix au sein de la société civile camerounaise, y compris au sein de l’Église locale, perçoivent ce discours comme un appel prophétique et une mise en garde bienvenue adressée aux dirigeants. Lors de la rencontre élargie avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique qui a suivi, le Pape a relié la corruption à d’autres maux qui fragilisent le pays : l’impunité, les inégalités criantes, l’exclusion et le manque de confiance dans les institutions.
« Un pays où quelques-uns s’enrichissent illicitement pendant que la majorité peine à vivre dignement ne peut prétendre à une paix durable », a-t-il souligné, appelant à une « conversion des cœurs et des structures ».
Le discours a été perçu par beaucoup comme une mise en garde pastorale directe, tout en restant dans un registre d’encouragement fraternel. Le Saint-Père n’a pas manqué de saluer les efforts déjà entrepris par certaines institutions et par la société civile pour promouvoir la transparence, tout en invitant à aller plus loin « avec courage et détermination ».
Jeudi, le Pape se rendra à Bamenda, épicentre de la crise anglophone, où il célébrera une messe pour la paix et la réconciliation. Vendredi et samedi, il poursuivra son programme à Douala, avec des rencontres avec les jeunes, les familles et les personnes vulnérables, avant une grande célébration eucharistique.
Ce message fort, prononcé en terre camerounaise, est interprété par de nombreux observateurs comme un appel pressant à la conscience des dirigeants pour bâtir un Cameroun plus juste, plus transparent et plus uni.
