Kenya : Nairobi sous haute tension, la police verrouille la capitale avant une nouvelle mobilisation antigouvernementale
La tension monte au Kenya alors que les autorités ont renforcé le dispositif sécuritaire autour de Nairobi avant une manifestation annoncée pour commémorer les deux ans des grandes mobilisations antigouvernementales de 2024, marquées par une répression meurtrière et une profonde crise de confiance entre une partie de la population et le pouvoir.
Dès jeudi matin, la police kényane a installé des barrages sur les principaux axes menant vers la capitale, limitant l’accès à Nairobi et perturbant la circulation. Le Parlement a également été placé sous haute surveillance, tandis que plusieurs commerces ont choisi de fermer leurs portes par précaution.
Cette mobilisation intervient deux ans après les manifestations de juin 2024, déclenchées par la colère populaire contre un projet de loi de finances prévoyant des hausses d’impôts dans un contexte déjà marqué par l’augmentation du coût de la vie. Le mouvement, largement porté par une jeunesse kényane mobilisée sur les réseaux sociaux, avait pris une ampleur nationale avec l’irruption de manifestants dans l’enceinte du Parlement.
La réponse des forces de sécurité avait provoqué un choc dans le pays : des dizaines de personnes avaient été tuées lors des affrontements, selon des organisations de défense des droits humains, alimentant les accusations de recours excessif à la force contre les manifestants.
Aujourd’hui, les familles des victimes réclament justice et dénoncent les lenteurs du processus d’indemnisation mis en place par le gouvernement. Plusieurs proches affirment que les critères d’attribution des compensations restent opaques et que de nombreuses familles attendent toujours une reconnaissance officielle de leur préjudice.
« Nous souffrons énormément depuis deux ans », témoigne Edith Wanjiku, dont le fils de 19 ans, Ibrahim Kamau, a été tué lors des manifestations. Selon elle, malgré les démarches engagées auprès des institutions compétentes, sa famille n’a toujours pas reçu d’indemnisation.
Face aux inquiétudes, le président kényan William Ruto a assuré que les manifestations pacifiques seraient autorisées, tout en avertissant que l’État empêcherait toute tentative de paralysie du pays ou de violences contre les citoyens et les commerces.
Le ministre de l’Intérieur Kipchumba Murkomen a annoncé que la police accompagnerait les manifestants afin de maintenir l’ordre, tout en mettant en garde contre l’infiltration de personnes cherchant à provoquer des troubles.
Le pouvoir kényan tente ainsi de trouver un équilibre fragile entre le respect du droit constitutionnel à manifester et la volonté d’éviter une nouvelle explosion sociale. Mais derrière les barricades dressées autour de Nairobi, c’est une crise plus profonde qui persiste : celle de la confiance entre une partie de la population, notamment la jeunesse, et les institutions accusées de ne pas avoir répondu aux revendications de justice et de transparence.
Deux ans après la contestation historique de 2024, la rue kényane rappelle que les blessures restent ouvertes et que la question de la responsabilité des violences demeure au cœur du débat national.
