Allemagne : l’AfD poursuit son ascension et s’impose comme la première force politique dans les sondages
Treize ans après sa création, l’Alternative für Deutschland (AfD) est devenue un acteur incontournable de la vie politique allemande. Longtemps considéré comme un parti protestataire cantonné aux marges de l’échiquier politique, le mouvement d’extrême droite connaît aujourd’hui une progression spectaculaire, aussi bien dans les enquêtes d’opinion que lors des différents scrutins.
Selon les derniers sondages, l’AfD occupe désormais la première place des intentions de vote à l’échelle nationale, devançant les partis traditionnels qui ont longtemps dominé la politique allemande. Cette progression illustre l’enracinement du parti dans une partie croissante de l’électorat, alimenté par les inquiétudes liées au coût de la vie, à l’immigration, à la sécurité, à la transition énergétique ainsi qu’à la défiance envers les formations gouvernementales.
Le parti a déjà lancé sa campagne pour les trois élections régionales prévues en septembre : en Saxe-Anhalt le 6 septembre, puis à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale le 20 septembre.
À Berlin, plusieurs centaines de militants se sont rassemblés devant l’hôtel de ville lors d’un meeting organisé par la fédération locale de l’AfD. Sous les applaudissements de ses partisans et les protestations de contre-manifestants, la dirigeante berlinoise Kristin Brinker a appelé à faire triompher la « vague bleue », couleur emblématique du parti.
« Nous voulons que la vague bleue déferle à Berlin, en Saxe-Anhalt, dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et dans toute l’Allemagne », a-t-elle lancé devant les sympathisants, résumant l’ambition d’un parti convaincu que son heure est arrivée.
Le scrutin du 6 septembre en Saxe-Anhalt est particulièrement observé. Situé dans l’ex-Allemagne de l’Est, ce Land constitue depuis plusieurs années l’un des principaux bastions électoraux de l’AfD.
Une victoire dans cette région renforcerait considérablement la crédibilité nationale du parti et accentuerait la pression sur les formations traditionnelles, notamment sur l’Union chrétienne-démocrate (CDU), qui peine à enrayer l’érosion de son électorat.
Les élections de Berlin et du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, deux semaines plus tard, permettront également de mesurer la capacité de l’AfD à dépasser ses bastions orientaux pour consolider son implantation dans l’ensemble du pays.
L’essor de l’AfD s’explique par la convergence de plusieurs facteurs politiques et économiques. L’inflation persistante, le ralentissement économique allemand, les tensions sur les marchés de l’énergie, les débats autour de l’immigration et la crise du logement ont nourri un sentiment de défiance envers les partis de gouvernement.
Le parti a su capitaliser sur ces préoccupations en adoptant un discours très critique à l’égard de la politique migratoire, des objectifs climatiques, des institutions européennes et de ce qu’il présente comme une déconnexion des élites politiques avec les préoccupations des citoyens.
Cette stratégie lui a permis d’élargir progressivement sa base électorale, attirant aussi bien des électeurs issus de la droite conservatrice que des abstentionnistes ou d’anciens électeurs des partis traditionnels.
Malgré cette progression, l’AfD demeure l’un des partis les plus controversés d’Allemagne. Plusieurs de ses fédérations régionales sont surveillées par les services allemands de protection de la Constitution en raison de soupçons de dérives extrémistes. Certains responsables ont également été accusés d’entretenir des positions radicales sur l’immigration, l’identité nationale ou la mémoire historique.
Ces controverses n’ont toutefois pas freiné sa progression électorale. Au contraire, une partie de ses électeurs considère que les attaques dont le parti fait l’objet renforcent son image de force d’opposition au système politique établi.
