Espagne : l’épouse de Pedro Sánchez renvoyée en procès pour trafic d’influence et détournement de fonds
La justice espagnole a franchi une nouvelle étape dans une affaire qui embarrasse le chef du gouvernement, Pedro Sánchez. Un tribunal de Madrid a confirmé, jeudi 16 juillet, le renvoi en procès de son épouse, Begoña Gómez, qui devra répondre devant un jury populaire de trafic d’influence et de détournement de fonds publics. En revanche, les accusations de corruption initialement envisagées ont été abandonnées. La date du procès n’a pas encore été fixée.
Cette décision marque un tournant dans une enquête ouverte en avril 2024, après une plainte déposée par une association anticorruption proche de l’extrême droite. Depuis deux ans, les magistrats cherchent à déterminer si Begoña Gómez a profité de sa qualité d’épouse du Premier ministre pour obtenir des avantages personnels et professionnels.
Les enquêteurs soupçonnent notamment l’ancienne directrice d’un master de management à l’Université Complutense de Madrid d’avoir utilisé son influence pour décrocher ce poste prestigieux et obtenir des financements destinés à ses projets universitaires. Elle est également accusée de s’être approprié illégalement un logiciel développé pour cette université et d’avoir bénéficié des services d’une assistante rémunérée par les services du Premier ministre pour des activités relevant de sa carrière universitaire.
Begoña Gómez et Pedro Sánchez ont toujours rejeté l’ensemble des accusations, dénonçant une campagne de déstabilisation politique. L’ouverture de l’enquête avait provoqué une onde de choc en Espagne. En avril 2024, le chef du gouvernement avait suspendu pendant plusieurs jours ses activités publiques afin de réfléchir à une éventuelle démission, avant de finalement annoncer son maintien à la tête de l’exécutif.
Au cours de l’instruction, la justice avait également ordonné la confiscation du passeport de Begoña Gómez et lui avait interdit de quitter le territoire espagnol. Cette mesure, qui l’avait empêchée de participer à plusieurs déplacements, notamment liés au sommet de l’OTAN et à une cérémonie familiale à Londres, vient toutefois d’être levée par le tribunal.
L’affaire de Begoña Gómez s’ajoute à une série de procédures judiciaires visant l’entourage de Pedro Sánchez, accentuant la pression sur le dirigeant socialiste.
Son frère, David Sánchez, a récemment été condamné à une interdiction d’exercer toute fonction publique pendant neuf ans pour avoir obtenu un poste au sein d’une administration grâce à l’influence de son frère. Par ailleurs, plusieurs anciens responsables du Parti socialiste, dont Santos Cerdán et l’ex-ministre des Transports José Luis Ábalos, sont eux aussi impliqués dans des dossiers de corruption. Ce dernier a déjà été condamné à une lourde peine de prison.
À ces affaires s’ajoute l’inculpation, en mai dernier, de l’ancien Premier ministre socialiste José Luis Rodríguez Zapatero, poursuivi pour trafic d’influence dans une affaire de pots-de-vin.
Face à cette succession de scandales, l’opposition réclame de nouveau la démission de Pedro Sánchez et la convocation d’élections législatives anticipées. Le chef du gouvernement continue toutefois de rejeter ces demandes et affirme que les procédures judiciaires ne remettent pas en cause la légitimité de son exécutif.
