Le Kenya bloque les exercices militaires britanniques : Londres contraint de déplacer ses troupes

Le Kenya bloque les exercices militaires britanniques : Londres contraint de déplacer ses troupes

Le Royaume-Uni ne mènera pas ses traditionnels exercices militaires annuels au Kenya cette année. Londres a annoncé l’annulation des manœuvres prévues à partir de septembre dans la région de Laikipia, après que les autorités kényanes ont refusé d’accorder les autorisations nécessaires à leur tenue.

Ces exercices devaient être réalisés par le 1er bataillon du régiment britannique du Duc de Lancaster sur la base de l’Unité de formation de l’armée britannique au Kenya (BATUK), située près de Nanyuki, à environ 200 kilomètres au nord de Nairobi. Faute d’accord, le ministère britannique de la Défense a décidé de transférer l’entraînement dans un autre pays, tout en affirmant que cette décision ne remet pas en cause le partenariat stratégique entre Londres et Nairobi.

À l’origine du blocage se trouve le renouvellement de l’accord de coopération militaire entre les deux pays. Les parlementaires kényans réclament une révision du texte afin que les autorités judiciaires du Kenya disposent de davantage de pouvoirs pour poursuivre les soldats britanniques accusés de crimes ou de délits commis sur le territoire kényan.

Les discussions portent également sur le montant des compensations financières versées par Londres pour l’utilisation des installations militaires et sur la répartition des compétences judiciaires entre les deux États.

Le président de la commission kényane de la Défense, Nelson Koech, a confirmé que des négociations intensives se poursuivent afin de parvenir à un compromis.

Le ministère britannique de la Défense a exprimé son regret face à l’absence d’autorisation, tout en réaffirmant son engagement envers son partenaire est-africain.

Selon Londres, les exercices conjoints avec les Forces de défense du Kenya contribuent à renforcer la sécurité des deux pays et génèrent des retombées économiques importantes pour les populations locales de Laikipia et de Nanyuki.

Le gouvernement britannique assure vouloir poursuivre les discussions afin que les entraînements puissent reprendre au Kenya dès qu’un nouvel accord sera trouvé.

Installée au Kenya depuis l’indépendance du pays en 1964, la présence militaire britannique fait toutefois l’objet de critiques croissantes. Des organisations de défense des droits humains, des élus et une partie de la population dénoncent depuis plusieurs années des violations présumées impliquant des soldats britanniques, notamment des agressions sexuelles, des crimes violents et des dommages environnementaux.

L’affaire la plus emblématique est celle d’Agnes Wanjiro, une jeune Kényane retrouvée morte en 2012. Un soldat britannique, Robert Purkiss, est poursuivi dans cette affaire et conteste les accusations de meurtre. Une audience liée à la procédure d’extradition est prévue en novembre.

Sous la pression de l’opinion publique, le Parlement kényan réclame désormais un renforcement des mécanismes de responsabilité, notamment en donnant aux tribunaux kényans la compétence pour juger les crimes graves commis par des militaires britanniques sur le sol national.

Cette crise illustre les tensions persistantes autour de la présence militaire britannique au Kenya, malgré une coopération sécuritaire vieille de plus de soixante ans. Les deux gouvernements poursuivent néanmoins leurs discussions afin de préserver leur partenariat stratégique tout en répondant aux exigences de souveraineté et de justice exprimées par Nairobi.

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