Poutine aux Kouriles : Tokyo dénonce une visite « totalement inacceptable »
La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a vivement condamné jeudi la visite de Vladimir Poutine sur l’île d’Iturup, l’une des quatre îles Kouriles méridionales revendiquées à la fois par le Japon et la Russie.
Qualifiant cette visite de « totalement inacceptable », la cheffe du gouvernement japonais a estimé qu’elle « blesse les sentiments du peuple japonais » et qu’elle est incompatible avec la position constante de Tokyo sur les « Territoires du Nord », nom donné par le Japon aux quatre îles disputées.
Selon les médias d’État russes, Vladimir Poutine s’est rendu à Iturup, où il a rencontré des habitants et dégusté notamment des œufs de poisson. Il s’agit d’une visite particulièrement symbolique dans un archipel au cœur d’un différend territorial qui oppose Moscou et Tokyo depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
« Ces territoires sont intrinsèquement japonais, tant sur le plan historique que sur le plan du droit international », a déclaré de son côté le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, annonçant une protestation officielle auprès de Moscou.
Les quatre îles méridionales des Kouriles sont administrées par la Russie depuis leur prise de contrôle par l’Union soviétique à la fin de la guerre. Le Japon continue toutefois d’en revendiquer la souveraineté, ce différend ayant notamment empêché les deux pays de conclure un traité de paix définitif après 1945.
Les tensions se sont encore accentuées depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, Tokyo ayant rejoint les sanctions occidentales contre Moscou. Le Japon a également protesté à plusieurs reprises contre les visites de hauts responsables russes dans les îles contestées.
Au-delà de l’enjeu territorial, les Kouriles revêtent une importance stratégique majeure pour la Russie. Moscou y a renforcé sa présence militaire ces dernières années, notamment sur Iturup, qui accueille une infrastructure aérienne stratégique.
La présence militaire russe dans cette zone, ainsi que les exercices organisés régulièrement dans l’archipel, continuent d’inquiéter Tokyo. La récente intensification de la coopération militaire entre Moscou et Pékin dans la région ajoute également une dimension géopolitique à ce vieux conflit territorial.
La visite de Vladimir Poutine risque ainsi de raviver davantage les tensions entre la Russie et le Japon, alors que le différend sur les Kouriles reste, plus de huit décennies après la fin de la Seconde Guerre mondiale, sans règlement définitif.
