Ormuz sous verrou : Ormuz sous verrou : Téhéran laisse passer certains pétroliers irakiens au compte-gouttes

Ormuz sous verrou : Ormuz sous verrou : Téhéran laisse passer certains pétroliers irakiens au compte-gouttes

Depuis que l’Iran a décidé de verrouiller le détroit d’Ormuz, dans le sillage de l’attaque américano-sioniste du 28 février, la circulation pétrolière dans l’un des couloirs maritimes les plus stratégiques du monde se joue désormais au compte-gouttes. Téhéran n’autorise le passage que de certains navires liés à des pays considérés comme « amis », transformant chaque autorisation en précieux sésame dans une région où la guerre a profondément bouleversé les routes énergétiques.

L’Irak figure parmi les pays ayant obtenu des dérogations. Selon l’agence de presse étatique iranienne Irna, des autorisations spéciales ont été accordées à certains pétroliers irakiens, malgré le blocus imposé aux ports iraniens par la marine de guerre américaine. Une ouverture limitée, certes, mais devenue vitale pour Bagdad, dont l’économie demeure presque entièrement suspendue aux revenus pétroliers.

Au cours des six derniers mois, depuis le début de la guerre entre les États-Unis et la République islamique d’Iran, l’Irak s’est retrouvé pris au piège d’une confrontation qui menace directement ses intérêts économiques. La demande adressée à Téhéran a mis en évidence une réalité difficile à contourner : Bagdad dispose de peu d’alternatives pour acheminer ses hydrocarbures vers les marchés internationaux.

Avant l’éclatement des hostilités, le détroit d’Ormuz constituait une voie essentielle pour les exportations irakiennes. Or, la fermeture puis le contrôle strict de ce passage ont brutalement perturbé les ambitions de Bagdad, qui espère pourtant porter ses exportations à un niveau inédit au cours des prochaines années.

Cet objectif semble désormais sérieusement compromis par la crise régionale. Le protocole d’accord conclu entre Téhéran et Washington sous médiation pakistanaise avait brièvement fait naître l’espoir d’un apaisement et d’une réouverture durable du détroit. Mais cette parenthèse s’est rapidement refermée, les conditions imposées par les différents belligérants ayant fini par faire échouer le fragile arrangement.

Le Premier ministre irakien Ali al-Zaïdi a néanmoins affiché des ambitions considérables. Bagdad veut augmenter sa part dans les exportations de l’OPEP+ et porter ses capacités à un niveau compris entre huit et dix millions de barils par jour au cours des six prochaines années. Une demande a d’ailleurs été introduite auprès de l’organisation, l’Irak estimant que la guerre lui a infligé un lourd préjudice économique.

Avec une production d’environ quatre millions de barils par jour, l’Irak dépend largement de ses infrastructures méridionales et de ses voies maritimes pour écouler son pétrole. Le verrouillage du détroit d’Ormuz a ainsi contraint Bagdad à réduire la production de plusieurs champs, faute de capacités de stockage suffisantes. Les réservoirs se remplissaient tandis que les navires restaient bloqués ou attendaient une autorisation de passage.

Pour limiter les pertes, les autorités irakiennes ont tenté de diversifier les itinéraires. Une partie des exportations a été acheminée par camions-citernes à travers la Syrie, tandis que d’autres volumes ont emprunté des oléoducs passant par la Turquie. Mais ces solutions alternatives restent insuffisantes pour compenser le rôle central du détroit d’Ormuz.

La brève période de réouverture intervenue après l’annonce de l’accord américano-iranien avait suscité un regain d’espoir. Celui-ci s’est toutefois rapidement dissipé avec la reprise des tensions. Malgré ce contexte, les exportations irakiennes ont commencé à remonter progressivement après leur forte chute. En juillet, elles auraient atteint près de 49 millions de barils, dont plus de 30 millions auraient transité par le détroit.

À la mi-août, Bagdad serait ainsi parvenu à exporter en moyenne près de deux millions de barils par jour, soit son niveau le plus élevé depuis le déclenchement de la guerre.

Pour Bagdad, chaque pétrolier qui traverse le détroit ne représente désormais bien davantage qu’une cargaison de brut : il constitue une bouffée d’oxygène pour une économie dont près de 90 % des ressources restent liées au pétrole.

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