Alger plaide pour une implication des dirigeants africains dans les médiations : les contradictions d’une diplomatie en quête d’influence

Alger plaide pour une implication des dirigeants africains dans les médiations : les contradictions d’une diplomatie en quête d’influence

À l’occasion de la 21e session extraordinaire de l’Assemblée de l’Union africaine, réunie à Luanda, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a appelé à renforcer les instruments africains de prévention, de médiation et de règlement des conflits. Une ambition qui soulève toutefois une question de fond : ceux qui revendiquent une vocation de médiateur sont-ils eux-mêmes prêts à se soumettre aux exigences d’impartialité, de cohérence et de crédibilité qu’impose toute médiation ?

Le chef de l’État algérien a notamment préconisé une implication plus directe des dirigeants africains dans les processus de médiation, ainsi que le développement d’un dialogue entre chefs d’État fondé sur la fraternité, la solidarité et la responsabilité collective.

Dans un continent confronté à la persistance des conflits armés, à l’instabilité politique, aux tensions interétatiques et à l’expansion de groupes armés, une mobilisation plus résolue des dirigeants africains peut, en effet, contribuer à ouvrir des canaux de communication, prévenir certaines escalades et favoriser l’émergence de compromis politiques.

L’Union africaine dispose déjà de mécanismes institutionnels destinés à prévenir les conflits, accompagner les processus de paix et favoriser le règlement des différends. Leur efficacité demeure néanmoins limitée par les divergences entre États membres, la prééminence des intérêts nationaux, les rivalités géopolitiques et, surtout, la difficulté à transformer les décisions collectives en engagements effectivement respectés.

Or, une médiation crédible ne peut reposer sur les seules déclarations de principe. Elle suppose des procédures transparentes, un mécanisme de suivi des engagements et une capacité institutionnelle à vérifier leur mise en œuvre.

C’est précisément sur ce terrain que le discours de Luanda interpelle la diplomatie algérienne : peut-on prétendre au rôle de médiateur lorsque sa propre politique régionale est traversée par des rivalités de puissance ?

La médiation exige d’abord de la confiance. Elle suppose de pouvoir dialoguer avec toutes les parties sans être soupçonné de favoriser l’une d’entre elles. Elle impose surtout de distinguer l’intérêt collectif de ses propres intérêts stratégiques.

C’est là que réside toute la difficulté pour Alger, qui revendique depuis longtemps une stature de puissance diplomatique. L’Algérie se présente comme un défenseur du dialogue, de la souveraineté, de la non-ingérence et de la recherche de solutions africaines aux crises africaines.

Mais ces principes ne peuvent être appliqués à géométrie variable. La souveraineté ne saurait être un principe modulable selon les circonstances, pas plus que la neutralité ne peut être invoquée lorsqu’elle sert une position et relativisée lorsqu’elle la contrarie.

Une diplomatie qui aspire à jouer les médiateurs doit accepter d’être elle-même observée, questionnée et, le cas échéant, critiquée.

Alger ne peut demander aux autres États de dépasser leurs intérêts nationaux tout en présentant systématiquement ses propres positions comme l’expression naturelle de l’intérêt collectif africain.

Une puissance régionale n’est pas, par définition, un médiateur. Et l’ambition diplomatique ne suffit pas à conférer une autorité morale.

L’Afrique n’a pas seulement besoin de dirigeants qui parlent de paix. Elle a besoin d’institutions capables de transformer les déclarations en résultats.Les sommets ne manquent pas. Les communiqués non plus. Les appels au dialogue se succèdent, tandis que les engagements sont régulièrement réaffirmés. Et pourtant, les conflits persistent.Le véritable problème n’est donc pas tant le déficit de discours que celui de l’exécution.

Une médiation qui ne débouche ni sur un cessez-le-feu durable, ni sur un compromis politique, ni sur un mécanisme crédible de suivi risque de se réduire à un exercice diplomatique sans portée concrète.

Dès lors, si les chefs d’État doivent s’impliquer davantage, plusieurs questions demeurent : qui évaluera leur impartialité ? Qui contrôlera les engagements pris ? Qui établira les responsabilités en cas d’échec ? Et surtout, qui empêchera une médiation de se transformer en instrument d’influence ?
La personnalisation de la diplomatie peut parfois débloquer une crise. Elle peut aussi contribuer à la politiser davantage. Un chef d’État peut ouvrir une porte que les diplomates ne parviennent pas à franchir. Mais il peut également transformer une médiation en prolongement de la stratégie de son propre pays.

Si Alger veut promouvoir une diplomatie africaine plus autonome, il lui faudra accepter que cette autonomie repose également sur des règles communes, applicables à tous — y compris à l’Algérie.

Car la crédibilité diplomatique ne se décrète pas. Elle se construit.Elle se mesure à la constance des positions, à la capacité de dialoguer avec ses adversaires, à la transparence des démarches et, surtout, à la cohérence entre les principes proclamés et les pratiques observées.

Alger veut davantage d’Afrique dans la diplomatie africaine. L’idée peut être défendue. Mais pour être reconnu comme médiateur, encore faut-il convaincre que l’on vient avec une solution, et non avec un agenda.

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